Julie Lechanteux En tant que députée de la cinquième circonscription du Var, je souhaite vous alerter sur les conséquences du projet ferroviaire de nouvelle ligne à grande vitesse entre Marseille et Nice. Cette ligne dite nouvelle n'a plus grand-chose de nouveau : annoncée au début des années 2000, elle est devenue le serpent de mer favori des majorités régionales qui se succèdent, brandissant inlassablement les prétendues retombées bénéfiques que le projet aurait pour notre territoire.
Ce chantier pharaonique, dont le coût s'est envolé de 4,5 à 16 milliards d'euros, avance au profit quasi exclusif des grandes métropoles comme Marseille, Toulon ou Nice. Les phases 1 et 2, prévues entre 2025 et 2030, les concernent en priorité. Pendant ce temps, les investissements dans les lignes existantes – les trains express régionaux et les trains du quotidien – sont relégués au second plan. Pourtant, j'entends exprimer avec force sur le terrain l'attente que leur fiabilité, leur fréquence et leur accessibilité soient améliorées, ce qui constituerait un levier efficace pour répondre aux besoins des familles. Les phases 3 et 4, envisagées à l'horizon 2040, visent à réorganiser la ligne à grande vitesse pour gagner quinze minutes entre Marseille et Nice. Dépenser 16 milliards d'euros pour gagner quinze minutes, c'est une aberration.
Les grandes perdantes de ce projet sont les communes éloignées des grands centres. Par exemple, la gare de Saint-Raphaël-Valescure, qui accueille annuellement 1 360 000 voyageurs, perdrait sa desserte TGV. Les dégâts sur l'économie locale du tourisme seraient majeurs.
L'impact environnemental est également préoccupant. La construction d'un tunnel traversant le massif de l'Estérel compromet sa candidature au label Grand Site de France. Ce site Natura 2000, le cœur d'un futur parc naturel régional, est directement menacé. En outre, des centaines d'hectares de terres agricoles seront artificialisés. Dans un contexte où le foncier agricole français s'efface à hauteur d'un département tous les dix ans, c'est un choix impardonnable !
Je souhaite enfin dénoncer le mépris affiché envers les élus locaux. Non seulement les collectivités sont ignorées, mais celles qui osent émettre des réserves sont sanctionnées. Estérel-Côte d'Azur-Agglomération aurait ainsi été privée de 10 millions d'euros de dotations régionales pour s'être opposée au projet : manœuvre scandaleuse ! Cette injustice ne s'arrête pas là. Elle s'étend désormais aux entreprises régionales. Le versement mobilité imposé par la région à toutes les entreprises de plus de onze salariés constitue une nouvelle charge injuste.
Je vous le demande solennellement : comment peut-on investir 16 milliards d'euros sans écouter les élus, sans respecter notre patrimoine et sans répondre à l'urgence du désenclavement territorial ? Notre région mérite mieux qu'un projet conçu pour les seules métropoles, déconnecté des réalités locales et qui alourdit la pression fiscale sur nos intercommunalités et sur nos entreprises.