Florence Herouin-Léautey Depuis des décennies, les communes, avec le concours des caisses d'allocations familiales, assument le service public de la petite enfance, dans les crèches municipales ou à travers des structures associatives qu'elles soutiennent.
À grand renfort de communication, un prétendu « service public de la petite enfance » entrait dans la loi il y a un an. Une promesse d'espoir pour les parents, qui pensaient leur bébé assuré d'avoir une place dans une structure d'accueil ; une promesse d'espoir pour les professionnels de voir leur métier reconnu et revalorisé ; enfin, une promesse d'espoir pour les communes que l'État s'engage enfin financièrement à leurs côtés pour garantir un service public universel et de qualité.
Hélas ! faute d'une définition claire de ce service et faute de moyens à la hauteur des enjeux, c'est la douche froide. Pourtant, vous persistez dans un storytelling dont personne ne saisit le sens. N'y aurait-il pas eu un malentendu originel entre les parties prenantes ? N'y aurait-il pas une incompréhension de ce qu'est, ou devrait être, un service public ? L'action politique menée ces sept dernières années n'a cessé de s'attaquer aux services publics, qui sont accessibles à tous et protègent les plus fragiles : de la santé à l'école, de la justice à la sécurité, la liste est longue. Non contents de mettre à mal les services existants, vous dévoyez désormais en toute désinvolture la notion même de service public.
La vérité, c'est que personne ne comprend en quoi cette inscription dans la loi donne corps à un service public. La vérité, c'est que les administrations chargées de son déploiement sont bien incapables de répondre aux inquiétudes et aux interrogations des collectivités territoriales. La vérité, c'est que cette pirouette ne changera pas la vie des parents et de leurs enfants. Il a été alloué 80 millions d'euros à ce prétendu service censé couvrir les besoins du pays. Soyons honnêtes : cette somme est dérisoire.
Une classe d'âge comptant 800 000 enfants, expliquez-nous comment, avec 100 euros par enfant, l'État créera les places manquantes et portera ce secteur à la hauteur des enjeux des 1 000 premiers jours de vie. Par ailleurs, les récents scandales de détournement de fonds publics par des structures privées à but lucratif nous rappellent l'urgence d'encadrer le financement de ce secteur.
Maintenant, ça suffit ! Aucun euro d'argent public ne doit être consacré à autre chose qu'à ouvrir des places d'accueil de qualité. Madame la ministre, quelles mesures comptez-vous prendre pour permettre aux collectivités territoriales de disposer des moyens financiers et réglementaires nécessaires au déploiement d'un véritable service public universel de la petite enfance ? Comment comptez-vous aller au-delà de ces 80 millions d'euros insuffisants pour construire un service public ambitieux, accessible et centré sur les besoins des enfants et des familles ?