Raphaël Arnault Si je m'adresse à Mme la ministre chargée du travail et de l'emploi, c'est pour rendre compte d'une situation alarmante de licenciements à la chaîne, une violence sociale qui touche de plein fouet des milliers de travailleurs et leurs familles.
Symptômes d'une crise beaucoup plus profonde, alimentée par des décennies de politiques néolibérales d'une brutalité sans nom, ces licenciements massifs concernent particulièrement le groupe Auchan, avec un prétendu plan de sauvegarde de l'emploi qui menace environ 2 400 postes en France, dont 50 dans le département de Vaucluse, notamment au Pontet.
On l'a bien compris, ce plan ne sauvegarde rien du tout, puisqu'aucune solution de reclassement n'est proposée. Les salariés d'Auchan ne sont même pas invités à retrouver un poste au sein des autres enseignes du groupe Mulliez, qui n'hésitent pourtant pas à travailler en synergie lorsqu'il s'agit d'optimiser les profits.
Derrière ces chiffres se trouvent des vies et des familles. Et cette tragédie ne touche pas seulement les employés, mais aussi toutes ces villes, ces villages et ces quartiers entiers dévastés par les fermetures de magasins, les suppressions de postes et les réductions de surfaces.
Pour mémoire, Auchan a engrangé en 2023 près de 1,5 milliard d'euros de bénéfices et 30 milliards de chiffre d'affaires, tout en bénéficiant de centaines de millions d'euros d'aides publiques – provenant de nos impôts – et d'exonérations fiscales.
En plus d'Auchan, le groupe Mulliez, car il est bon de nommer ces grands artistes, propriétaire de nombreuses enseignes, continue d'accumuler des profits colossaux en rinçant toujours plus ses actionnaires.
Decathlon, par exemple, va verser 1 milliard d'euros de dividendes à ses actionnaires, pendant que des milliers de travailleurs sont poussés vers le chômage. Quel beau résumé du macronisme !
Il ne s'agit donc pas d'une réponse à des problèmes économiques auxquels l'entreprise serait confrontée, mais de choix purement politiques : baisser le plus possible les coûts de personnel en abaissant les salaires, en remplaçant des travailleurs qualifiés par des personnes au smic pour effectuer les mêmes tâches, en fermant des postes – des hôtes de caisse jusqu'aux cadres.
Tout ça pour s'aligner sur la concurrence, mais à quel prix ? Les travailleurs sont finalement considérés comme de simples outils qu'on bouge ou qu'on jette au gré des profits. Le capitalisme est inhumain et profondément irrationnel.
Une bataille se déroule sous nos yeux, et que fait le gouvernement ? Toujours plus de liberté pour les exploiteurs ; toujours plus de brutalité pour les travailleurs. La ministre est censée protéger les emplois, pas engraisser ceux qui licencient.
À longueur de journée, les travailleurs de ce pays sont méprisés par une classe politique déconnectée, mais aussi par le président lui-même. Finalement, tout le monde l'a compris : les plus grands assistés de ce pays sont ceux qui vivent sous perfusion de politiques publiques visant à financer les groupes privés.
Je souhaiterais une Assemblée nationale et des ministères remplis de travailleuses et travailleurs. Vous y perdriez votre poste, mais en attendant que nous vous censurions, que comptez-vous faire pour les emplois et à l'égard du groupe Auchan et des propriétés de la famille Mulliez ?