Christophe Castaner,
Ministère de l'intérieur •
10 mars 2020La lutte contre les féminicides est une priorité absolue. Le Gouvernement et les services de l'État agissent déjà sur plusieurs volets contre ce phénomène grave et inacceptable. En matière de connaissance et de conceptualisation du phénomène, la délégation aux victimes du ministère de l'intérieur, entité mixte direction générale de la police nationale et de la direction générale de la gendarmerie nationale élabore une étude annuelle précise et exhaustive relative aux morts violentes survenues au sein du couple. Ses conclusions permettent de dégager des profils de victimes ou d'auteurs à risque et de mieux connaître les circonstances de ces meurtres. Des recherches scientifiques axées sur la prévention sont parallèlement menées aux côtés du centre national de la recherche scientifique, dans le cadre d'un projet européen de recherche sur les violences intrafamiliales baptisé IMPRODOVA (Improving Frontline Responses to High Impact Domestic Violence). Par ailleurs, depuis novembre 2018, le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes assure également à ces victimes un accueil numérique et personnalisé. En outre, il permet de faciliter le dépôt de plainte ou une prise en charge sociale, juridique et psychologique des femmes victimes de violences conjugales. Il est apparu toutefois impératif de donner une nouvelle dynamique à la lutte contre ce fléau. Pour y parvenir, le Gouvernement a initié, entre le 3 septembre et le 25 novembre 2019, un « Grenelle » consacré à la lutte contre les violences conjugales. Cette synergie s'est également traduite au niveau local par l'organisation de nombreux évènements, réunions de travail et échanges, impulsés par les préfets dans tous les départements. Cette mobilisation exceptionnelle des acteurs, institutionnels comme membres de la société civile, a permis de faire émerger plus de 60 propositions issues des 11 groupes de travail thématiques. Ainsi, en cas de sollicitation des forces de l'ordre au domicile comme au sein des brigades et commissariats, une évaluation du danger est systématiquement effectuée afin de pouvoir apporter à la victime les solutions adaptées et mobiliser les services partenaires (services sociaux, associations, etc.). La prise de plainte des victimes de violences conjugales est également facilitée au sein des établissements hospitaliers. Les policiers et gendarmes vont être également mieux formés à la prise en charge de ces victimes. Des formations interprofessionnelles sont déployées en lien avec l'école nationale de la magistrature depuis la fin de l'année 2019. Localement, des formations régulières regroupant magistrats, gendarmes et policiers sont également développées afin d'échanger sur les volets juridiques et procéduraux, les attentes et difficultés rencontrées par chacun de ces acteurs. Les victimes seront également mieux accompagnées. 80 postes supplémentaires d'intervenants sociaux en commissariat et en gendarmerie seront ainsi créés dans les prochains mois, sous le pilotage du secrétariat général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. Ces intervenants sociaux, véritables urgentistes de l'action sociale, interviennent en complément de l'action des forces de l'ordre. Leurs fonctions d'appui dans l'accompagnement social des victimes de violences conjugales et de relais entre les forces de l'ordre et les autres partenaires des secteurs sociaux, juridiques, judiciaires, médicaux et médico-psychologiques ont été tout particulièrement soulignées à l'occasion des travaux menés dans le cadre du Grenelle. Enfin, afin de faciliter la mise à l'abri, dans l'urgence, des femmes victimes de violences conjugales, une convention de partenariat interministérielle signée en décembre 2019 prévoit l'ouverture aux forces de l'ordre d'une plateforme de géolocalisation des places d'hébergement d'urgence et d'insertion. D'autres travaux sont en cours afin de veiller à la mise en application des mesures issues de ce Grenelle, à l'instar du dispositif électronique anti-rapprochement, adopté par la loi n° 2019-1480 du 28 décembre 2019 visant à agir contre les violences au sein de la famille. La mobilisation des services de l'État concernés se poursuit donc au-delà du Grenelle et sur l'ensemble des territoires.