Mathilde PanotMonsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avez-vous vu les images qui nous viennent de Bolivie ces derniers jours ? Avez-vous vu la maire de Vinto, Patricia Arce, kidnappée, le crâne rasé, traînée sur 5 kilomètres couverte de peinture rouge ? Avez-vous vu la police tirer à balles réelles sur les partisans du président ? Avez-vous vu le directeur de la radio du syndicat des travailleurs paysans ligoté à un arbre ? Avez-vous vu le dirigeant d'extrême droite Camacho, cet évangéliste fondamentaliste, prier sur le drapeau de l'État plurinational de Bolivie pendant que les symboles indigènes étaient brûlés ?
L'intégrité physique de plusieurs élus, poussés à la démission par l'armée, est en jeu. La vie de milliers de militants et des populations autochtones dans le pays est menacée par une opposition fasciste et une oligarchie nostalgique des privilèges perdus depuis l'arrivée au pouvoir du premier président amérindien de Bolivie.
Evo Morales a été poussé à la démission par l'armée et il a dû trouver l'asile politique au Mexique. La France se serait honorée de la lui proposer également. Evo Morales a été expulsé du pouvoir par la force, la sédition et la menace sur la vie de ses proches. Soucieux de garantir la paix civile, il avait même accepté la convocation de nouvelles élections après celles qu'il avait gagnées.
Se taire sur la Bolivie, c'est préparer de nouveaux Bolsonaro. C'est approuver passivement les tweets pathologiques de Donald Trump, qui rêve de putschs permanents contre ses adversaires et de républiques andines où seuls les agents de la CIA pourraient voter.
Monsieur le ministre, vous vous souvenez du Chili assassiné par Pinochet et de l'immense vague de solidarité qui venait alors de France. Nous devons être à la hauteur de notre histoire. Nous vous demandons d'ouvrir l'ambassade et les consulats pour les opposants persécutés.
Le Président Macron doit assurer le président Morales de la solidarité de la France. Nous vous demandons de suspendre toute relation diplomatique avec les putschistes. L'honneur international de la France est en jeu – et pour nous, il pèse plus lourd que quelques mines de lithium que convoitent les Étasuniens ! Monsieur le Ministre,…