Danièle ObonoMonsieur le Premier ministre, ce qui se passe depuis quarante jours dans le pays est la preuve de l'attachement des Françaises et des Français à un modèle de retraite, mais aussi à un modèle de société : un modèle de solidarité et de partage.
Quarante jours de grève, le plus long mouvement social des quarante dernières années, qui coûte d'abord à ceux qui la font. Il en faut, du courage et des raisons, pour sacrifier plus d'un mois de paie, surtout quand elle est modeste.
Alors, nous, nous leur disons merci. Merci à vous, les grévistes, qui défendez l'intérêt général ! Tenez bon ! Nous appelons les secteurs public et privé à la rescousse pour généraliser la grève, que vous tentez d'affaiblir à coups d'enfumages et de matraque.
Enfumages : le dernier en date, c'est votre grossier bonneteau où l'âge pivot ne disparaît que pour réapparaître sous l'appellation d'« âge d'équilibre ». Le système par points en sera bien doté. Vous renoncez « provisoirement » à imposer une mesure d'âge pour ceux qui partiront à la retraite en 2027, tout en prévoyant la possibilité de l'introduire ultérieurement – après les municipales, par exemple ! Au fond, vous voulez nous obliger à travailler plus longtemps pour des retraites plus faibles, afin de combler un déficit prévisionnel que vos politiques ont créé et contribuent à creuser.
Monsieur le Premier ministre, incapable de convaincre par la ruse, vous tentez de contraindre par la violence. À l'ordre républicain, vous substituez l'ordre policier : manifestants matraqués, menacés de tirs de LBD – lanceur de balles de défense – à bout portant, journalistes arrêtés et empêchés de travailler… Le passage en force, les violences policières, dont est politiquement responsable votre « sinistre » de l'intérieur, sont devenus votre seul mode opératoire.