Serge LetchimyMonsieur le ministre de l'intérieur, depuis plusieurs mois que vous occupez vos fonctions, la doctrine de maintien de l'ordre, les conditions d'usage de certains équipements, la possibilité pour la presse d'exercer son métier, votre capacité à assurer la sécurité des biens et des personnes et à garantir le droit fondamental à manifester, ainsi que les instructions données par votre ministère à l'occasion des manifestations qui ne cessent d'émailler le pays, ont été non seulement interrogées, mais aussi contestées.
Je voudrais, avant toute chose, saluer l'engagement sans faille de nos forces de l'ordre – police et gendarmerie – qui exercent, pour l'immense majorité d'entre elles, leurs missions dans le respect des principes républicains.
Il n'en reste pas moins que, depuis votre prise de fonction, les incidents, les accidents et les comportements manifestement contraires à la déontologie ont été nombreux. Le nombre des personnes blessées – parfois très grièvement – depuis que vous êtes aux responsabilités est considérable et, pour tout dire, inquiétant.
Des enquêtes ont été ouvertes ; des procédures judiciaires sont en cours – c'est bien le moins, et c'est désormais l'affaire de la justice. Nous avons entendu, enfin, depuis la semaine dernière des appels à l'éthique et des rappels à la déontologie formulés par le Président de la République. « C'est l'honneur de la police qui est en jeu », comme vous l'avez vous-même rappelé.
Mais ce qui fait l'honneur de la République, monsieur le ministre, c'est que la hiérarchie prenne sa part de responsabilité. On ne peut pas être chef que par beau temps, pour le meilleur et jamais pour le pire. La République ne peut pas se contenter d'enflures de ton et d'effets de manche.
Le Président de la République exprimait, pendant l'affaire Benalla, son refus de la République des fusibles. Il a instauré la République sans fusible, la République des lampistes – une République arrogante. Lorsque tous les corps intermédiaires sont discrédités, c'est la résilience de la nation qui se trouve fragilisée. L'honneur de la police est aussi dans la capacité de son chef à assumer ses responsabilités, notamment sa responsabilité politique.
Monsieur le ministre, pouvez-vous nous dire, avec un bilan aussi calamiteux, comment vous comptez assumer votre responsabilité, et, au-delà, comment le Gouvernement envisage d'écouter et d'entendre autrement le peuple ?