Frédéric Petit Lundi prochain, cela fera trois ans, jour pour jour, que la fédération de Russie a envahi l'Ukraine, avec une violence aveugle et totalement irresponsable. Depuis 2014, l'Ukraine a été agressée, amputée et dépecée. On dénombre plus d'un million de blessés et de morts ainsi que, sans doute, 20 000 enfants déportés et « russifiés » de force. Le 24 février 2022, je partageais ici même à la tribune la conviction que cette confrontation militaire revêtait un caractère existentiel pour l'Europe ; je suis toujours de cet avis. Entre la fédération de Russie et nous, deux modèles de relations entre les peuples s'affrontent. L'un est fondé sur la force et sur la réalité mouvante des espaces et des ethnies – le fameux rousski mir, le monde russe, qui permet tous les abus de l'impérialisme. L'autre, européen, se fonde sur la construction patiente du droit.
Aujourd'hui, de l'autre côté de l'Atlantique, un modèle transactionnel défendu par le président Trump emprunte la même violence, pour l'instant verbale : extraterritorialité, négation du droit international, deals permanents, mépris des institutions internationales, j'en passe. Le discours de J. D. Vance à Munich confirme cette dérive des Américains, que nous considérons toujours comme des alliés. Il fait écho au discours de Vladimir Poutine tenu à Munich, en 2007, et dessine un parallèle : comme en 1938, toujours à Munich, les démocrates doivent dire non.
En ce triste anniversaire, je me rendrai à Kyïv, avec des élus de différents pays européens, ainsi qu'à Jytomyr, à Semenivka et à Tchernihiv, pour observer notre coopération civile sur le terrain. La France et l'Union européenne sont en retard en Ukraine. Si les États-Unis venaient à lâcher cette dernière en la livrant à un deal injuste et court-termiste, nous ne serions pas prêts, alors que nous devons être à la hauteur du moment. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, le sommet d'hier a-t-il posé les premières pierres d'un réveil français et européen, pour la sécurité des Ukrainiens et pour la nôtre ?