Anne Stambach-Terrenoir En 2024, année la plus chaude jamais enregistrée, le cap des + 1,5 degré est franchi. Les catastrophes meurtrières se multiplient autour de nous, à Valence, à Mayotte ou encore à La Réunion.
Pourtant, dans le Tarn, l'État et la région se sont acharnés à abattre des arbres centenaires, à détruire des zones humides, à détourner des cours d'eaux et à bouleverser des écosystèmes pour une autoroute « anachronique » selon l'Autorité environnementale elle-même.
Jeudi, le tribunal administratif de Toulouse a tranché : l'A69 est illégale. Son chantier destructeur est arrêté. C'est la victoire de toutes celles et tous ceux qui n'ont rien lâché : collectifs citoyens, associations, syndicats et élus. Je rends hommage aux 2 000 scientifiques qui ont élevé la voix pour dénoncer ce massacre, aux « écureuils », aux grévistes de la faim, aux zadistes, à toutes celles et ceux qui ont subi une répression indigne d'un pays qui se dit celui des droits de l'homme. Celle-ci a d'ailleurs valu à la France d'être condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour violation du droit à la vie à la suite de la mort du militant écologiste Rémi Fraisse. N'oublions pas non plus les 200 blessés de Sainte-Soline dont la mégabassine a été, elle aussi, déclarée illégale.
Vous les avez tous traités d'écoterroristes. Or, aujourd'hui, la justice leur donne raison. Non, il n'y a pas de raison impérative majeure à la destruction de centaines d'hectares de terres agricoles, d'espaces naturels et de zones humides ; pas de raison impérative majeure à menacer 169 espèces protégées alors que la biodiversité s'effondre ; pas d'intérêt public à détruire le vivant pour que quelques privilégiés gagnent quelques minutes.
C'est une décision historique. Oui, la préservation du seul écosystème qui permette la vie humaine est supérieure aux intérêts économiques et privés. La justice indépendante a dit le droit face aux passages en force de l'État et contre les pressions des lobbys comme ceux des laboratoires Pierre Fabre et leur lamentable chantage à l'emploi.
Monsieur le ministre, les grands projets d'un autre temps, c'est fini. Cessez vos mises en cause indignes de la décision des juges. Ne condamnez pas ce territoire à l'immobilisme en recourant à de nouvelles procédures judiciaires vouées à échec. Le vent a tourné : allez-vous enfin engager l'indispensable bifurcation écologique ?