Clémentine Autain Monsieur le premier ministre, comment vous exprimer toute notre révolte, notre défiance, notre écœurement ? En une déclaration, vous venez de renier vos propres engagements et de ruiner l'espoir de millions de Françaises et de Français de ne pas subir un départ à la retraite à 64 ans. Alors que le conclave avec les syndicats est au travail, vous venez de fermer la porte à un retour de l'âge de départ à 62 ans, et d'enterrer ainsi tout effort démocratique sur cet enjeu décisif pour la qualité de nos vies, en particulier de celles et ceux qui ont les métiers les plus pénibles.
Lors de votre déclaration de politique générale, ici même devant la représentation nationale, vous disiez pourtant que toutes les questions devaient pouvoir être posées, que rien n'était fermé. Je sais que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, mais là, vous abîmez encore davantage une parole institutionnelle déjà agonisante ; vous écrasez la volonté des Français ; vous piétinez les syndicats ; vous méprisez l'avis de l'Assemblée nationale, qui aurait dû être saisie depuis fort longtemps.
Au fond, la stratégie du choc, aujourd'hui, avec votre « économie de guerre », a encore frappé. Si nous devons nous défendre, c'est d'abord contre une vision du monde qui repose sur la loi du plus fort, la marchandisation de tout et n'importe quoi, la violation de la démocratie. Face à Trump et à Poutine, c'est précisément un autre choix de société que nous devons affirmer et donner à voir, celui du progrès humain, de la passion de l'égalité, de la mise en commun, de la démocratie active, de ce que j'appelle l'esprit public. C'est aussi la vérité contre les faits alternatifs. Non, il n'y a pas de déficit caché de notre régime de retraite. La justice sociale, nous pouvons la financer.
Monsieur le premier ministre, allez-vous revenir sur votre déclaration, qui sonne comme une nouvelle déflagration ?