Émeline K/Bidi …vous avez instauré un conclave sur les retraites, une méthode, selon vos mots, « originale » et « de rupture ». L'originalité et la rupture auraient pu se traduire – nous l'espérions – par des discussions à huis clos, autonomes et libres de toute contrainte extérieure pour les partenaires sociaux.
Or dès que les discussions ont commencé, le gouvernement a acculé le conclave en déclarant haut et fort que le pays était en économie de guerre ; et bien que le président ait affirmé qu'aucun impôt supplémentaire ne financerait cette économie, vous vous êtes empressé de plaider pour le pire d'entre eux : l'impôt sur la vie des travailleurs et des retraités. Il leur faudra donc travailler plus, plus longtemps et percevoir des pensions plus réduites : quelle injustice, particulièrement pour les travailleurs pauvres de notre pays, dans l'Hexagone comme en outre-mer !
Devant la résistance des organisations syndicales et leur insistance à débattre de tous les sujets, y compris d'un âge de départ à la retraite à 62 ans, le premier ministre a porté un coup fatal au conclave, en affirmant que c'était quasiment chose impossible. Il a ainsi perverti le rapport de forces qui est pourtant la base de tout dialogue social, en donnant le poids du gouvernement au patronat et en réduisant la parole des syndicats à presque rien.
Alors, à ce stade, puisque le conclave s'est transformé en une grande scène ouverte où chaque membre du gouvernement donne son avis pour influencer les discussions, et puisque le premier ministre prétend n'être qu'un simple citoyen qui s'exprime – c'est ce qu'il a dit hier –, n'est-il pas temps de redonner la parole au peuple, comme notre groupe l'a toujours défendu à la demande d'une majorité de nos concitoyens ?
« Lorsque des questions sont bloquées, lorsqu'il n'y a pas de résolution possible, le référendum est une issue ». Ces mots auraient pu être les miens mais ce sont ceux que François Bayrou a tenus le 27 février dernier, à l'ouverture du conclave. L'organisation d'un référendum sur l'âge de départ à la retraite : voilà une décision courageuse qui serait enfin « originale » et « de rupture » ! La vraie question, toutefois, demeure : avec qui voulez-vous rompre ?