Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe . Vous avez raison : nous assistons à un véritable réveil stratégique des Européens dans ce moment de bascule, en raison de la menace que la Russie fait peser sur nos démocraties : la guerre à nos portes, avec l'agression contre l'Ukraine, les intimidations, les tentatives de déstabilisation et d'ingérence, les attaques cyber contre les pays européens. Se pose aussi, bien sûr, la question de l'avenir de la relation transatlantique et de la garantie de sécurité américaine. Il est l'heure pour les Européens de prendre leur destin en main.
C'est le discours que tient la France depuis sept ans déjà, depuis le discours de la Sorbonne du président de la République : il faut que l'Europe investisse dans son autonomie stratégique et dans sa défense. Plus que jamais, les idées françaises sont le moteur de l'Europe.
Des étapes historiques ont été franchies. Le Conseil européen extraordinaire du 6 mars a permis d'apporter de nouveaux financements afin de renforcer l'Europe de la défense et de soutenir l'industrie européenne de défense autonome, tant pour donner de la visibilité à nos industriels que pour maîtriser les savoir-faire technologiques et l'usage de ces armements.
Il faudra néanmoins aller plus loin. C'est ce que nous avons demandé à nos partenaires. Il conviendrait ainsi de mobiliser d'autres fonds européens – je pense par exemple au Mécanisme européen de stabilité, qui est mentionné dans le Livre blanc sur la défense publié il y a quelques jours par la Commission européenne. Et pourquoi ne pas envisager le lancement d'un nouveau grand emprunt, comme nous l'avions fait au moment de la crise du covid, déjà sous l'impulsion de la France, avec le plan de relance NextGenerationEU ?
Nous avons toujours refusé l'esprit de défaite, l'esprit de soumission. Nous portons une haute ambition pour l'Europe, une Europe qui défende ses intérêts et qui, face aux menaces, assume de défendre sa liberté, sa souveraineté, sa sécurité. Nous continuerons à le faire dans ce moment de bascule historique.