Léa Balage El Mariky Monsieur le ministre de l'intérieur, au moment même où la nation a besoin d'être rassemblée, vous la divisez. Alors qu'il faut réaffirmer la force de notre République, vous l'affaiblissez. Vous avez adressé aux préfets une circulaire sur le sort des étrangers en France – votre outil préféré, sur votre sujet favori. Ce 2 mai, vous avez choisi de corseter l'accès à la nationalité française alors que le droit actuel est déjà très restrictif. Vous imposez des critères absurdes : une maîtrise rigide de la langue – telle que certains, dans cet hémicycle, échoueraient à vos tests ; un CDI, dans un pays rongé par le chômage ; l'exclusion de celles et ceux qui vivent des prestations sociales, alors que l'on ne mesure jamais l'amour d'un pays à l'épaisseur d'un portefeuille.
Votre circulaire aura pour seul résultat de séparer des familles et d'humilier des personnes qui vivent ici et qui aspirent à contribuer à la vie de notre pays. Vous créez une hiérarchie d'appartenance, non pour servir la France et la République, mais pour servir votre ambition politique. Vous instrumentalisez la nationalité comme un outil d'exclusion pour parler à votre électorat et pour exister dans votre propre camp. Mais notre vieille nation a besoin d'esprit de concorde pour résister au vent mauvais qui souffle en Europe et dans le monde. Elle a besoin de fraternité, pas de suspicion, d'unité, pas de distinction entre ses enfants.
Vous voulez gouverner par la peur, ce carburant politique pratique qui sert à masquer votre impuissance. On ne protège pas la République en suspectant celles et ceux qui souhaitent y entrer par conviction. Nous devrions être fiers que des femmes et des hommes choisissent la France. La naturalisation n'est pas une faiblesse : c'est le rayonnement même de notre République.