Christophe Marion Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, comme président du groupe d'amitié avec le Soudan, je dois vous avouer ma colère et ma honte, car nous n'écoutons ni les souffrances ni les cris des Soudanais confrontés à ce que l'ONU qualifie de « pire crise humanitaire et de déplacement au monde ».
Chers collègues, nous sommes profondément touchés, à raison, par les drames ukrainien ou gazaoui, mais celui des civils soudanais semble ne pas nous atteindre. Pourtant, on compte plus de 150 000 morts, 13 millions de déplacés, 12 millions de femmes et de filles exposées aux violences sexuelles ; on observe des pratiques génocidaires au Darfour et 25 millions d'humains sont menacés par la famine.
Le Soudan est-il trop loin ? Jugeons-nous ce conflit trop complexe ? Quelles qu'en soient les raisons, rien ne justifie notre indifférence politique et médiatique. La voix des Soudanais doit résonner plus souvent dans cet hémicycle et sur les scènes européenne et internationale. La dignité nous impose de faire mieux pour permettre l'acheminement de l'aide humanitaire, dont l'accès s'est encore détérioré, pour faire appliquer l'embargo sur les armes en pesant sur les acteurs extérieurs au conflit, comme les Émirats arabes unis, et pour accueillir dignement les réfugiés les plus fragiles.
La participation de la France aux conférences internationales sur le Soudan est évidemment précieuse, mais son action diplomatique mériterait d'être renforcée et peut-être même repensée. En effet, peut-on vraiment continuer à appeler de nos vœux l'instauration d'un gouvernement civil tout en refusant de choisir entre paramilitaires, d'une part, et gouvernement du général al-Burhan, d'autre part ?
Tous les Soudanais démocrates que j'ai rencontrés me le disent : une transition démocratique ne pourra pas voir le jour sans la paix. Peut-être est-il temps d'apporter un soutien clair aux forces armées soudanaises, au sein desquelles la jeunesse révolutionnaire elle-même, celle qui a renversé le régime islamiste d'Omar el-Béchir en 2019, a décidé de s'engager ? Après deux ans de guerre et de massacres, n'est-il pas temps, monsieur le ministre, d'affiner notre stratégie et d'amplifier notre action ?