Jérémie Iordanoff Monsieur le premier ministre, une enquête accablante de Radio France et du Monde a révélé les pratiques de la multinationale Nestlé Waters, qui commercialise de manière trompeuse les eaux Vittel et Perrier sous l'appellation « eau minérale naturelle ». Pire, le rapport de la commission d'enquête sénatoriale publié hier met en lumière l'implication de l'État au plus haut sommet. La présidence de la République savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait et avait connaissance des contaminations de certains forages. Un rapport de l'agence régionale de santé d'Occitanie a été modifié en décembre 2023 sur ordre de Nestlé Waters avec l'aide du préfet du Gard et l'aval du cabinet de la ministre de la santé. Toute mention de pesticides, PFAS, chlorates, perchlorates, bactéries Escherichia coli et entérocoques intestinaux retrouvés dans l'eau a été censurée. Plutôt que de prendre des mesures immédiates, l'État a cherché à gagner du temps, à masquer les faits et a compromis l'indépendance scientifique de son agence.
Par ailleurs, les multiples rencontres entre le secrétaire général de l'Élysée et la présidente de Nestlé Waters interrogent. Et quand l'Élysée refuse qu'Alexis Kohler vienne répondre devant la commission d'enquête du Sénat, alors qu'il y est juridiquement tenu par l'ordonnance de 1958, c'est le président de la République, supposé garant des institutions, qui entrave les pouvoirs de contrôle du Parlement. Cette affaire vient encore saper la confiance dans nos institutions et dans l'action publique. Ce n'est pas en fermant les yeux que les choses vont s'arranger.
Quel intérêt prime, celui de tous les Français ou celui de quelques industriels ? Comment est-il possible qu'un directeur d'agence régionale de santé et un préfet aient pu céder aux pressions d'un industriel ? Qui, du gouvernement ou de l'Élysée, est responsable dans cette affaire ?