Boris Tavernier Monsieur le premier ministre, lundi, le président de la République a réédité sa grande messe, le Choose France. Il a reçu, au château de Versailles, des patrons de la tech du monde entier et des milliardaires pour construire des entrepôts Amazon par-ci, des data centers par-là.
De mon côté, lundi, mon programme a été plus modeste. J'ai reçu des messages de nombreuses associations d'aide alimentaire informées d'une décourageante nouvelle par les services de leur préfecture : les crédits de renforts pour l'aide alimentaire ne sont pas reconduits. L'aide alimentaire, c'est moins sexy que la tech. Une épicerie sociale, ce n'est pas Versailles. Et pourtant, choisir la France, ça devrait être ça. Choisir la France, ça devrait être recevoir à Versailles celles et ceux qui font tenir le pays, et non les abandonner au moment où leur travail n'a jamais été aussi essentiel.
Si ces crédits s'éteignent, la précarité alimentaire, elle, reste toujours aussi éclatante. Dois-je vous rappeler qu'aujourd'hui, en France, 53 % des travailleurs pauvres déclarent ne pas manger à leur faim ? Pour vous, peut-être, ces crédits non renouvelés ne sont que des chiffres, une manœuvre comptable, voire une technique de passe-passe bien commode pour économiser quelques milliers par-ci, quelques millions par-là, mais sur le terrain, les conséquences seront réelles. À Lyon, c'est le risque de fermeture d'une association d'aide alimentaire pour les étudiants, dans le Béarn, celui d'une épicerie sociale. Dans le Loiret, la banque alimentaire est mise à mal. Partout dans le pays, on entend le même refrain.
Face à ces crédits non renouvelés, ne répondez pas : fonds « Mieux manger pour tous » : il existe, c'est très bien, mais il faut le pérenniser. Soyons sérieux, donner d'une main pour reprendre de l'autre, ce n'est pas une stratégie de financement pertinente, c'est cynique. Éteindre des crédits sans tenir compte des besoins, alors que bien trop de Français ont faim, c'est irresponsable.
Ma question est donc simple : pouvez-vous rassurer les acteurs de la solidarité et leur confirmer que les crédits non renouvelés seront sauvés ? Allez-vous choisir la France, même un petit peu ?