Roger Chudeau Madame la ministre de l'éducation, nous souhaitons attirer votre attention sur trois rapports officiels publiés la semaine dernière.
Les deux premiers, qui portent sur l'enseignement primaire et l'éducation prioritaire, émanent de la Cour des comptes. Le troisième, qui analyse l'entreprise de subversion des Frères musulmans, provient de la direction nationale du renseignement territorial.
Tout d'abord, dans l'enseignement du premier degré, rien ne va plus. On peine à recruter des professeurs, qui sont mal payés et mal formés par l'université. La pédagogie qui y est suivie est délirante et l'organisation défaillante.
Le résultat est désastreux : 50 % des entrants en sixième savent à peine lire : ils traîneront ce handicap jusqu'à la fin de leur scolarité.
Ensuite, la politique publique d'éducation prioritaire concerne 20 % des élèves. Elle dure depuis plus de quarante ans alors que son concepteur, Alain Savary, avait souhaité qu'elle fût provisoire.
Or la Cour des comptes montre sans ambiguïté que l'éducation prioritaire est un échec. Les progrès attendus, notamment des dédoublements de classes réalisés à des coûts très élevés, sont microscopiques et non durables. Tout ça pour ça !
Enfin, le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » pointe l'entrisme de l'islamisme dans les écoles publiques et privées. Votre récente déclaration selon laquelle il n'y aurait pas de fichés S dans l'éducation nationale paraît lunaire dans ce contexte.
Ces trois rapports résonnent comme un réquisitoire contre des années d'immobilisme, d'anomie et de faux-semblants. Vous affirmiez faire de la jeunesse votre priorité, vouloir réformer l'éducation prioritaire, vous bombiez le torse en déclarant défendre la laïcité et les valeurs de la République, mais l'État lui-même vous dit que c'est un gigantesque échec, une mystification, un désastre.
Nous affirmons donc ici que vous avez abandonné, déconstruit, déstabilisé l'école de la République, pierre angulaire de notre contrat social et de la cohésion nationale.