Emmanuel Tjibaou Durant son déplacement en Asie du Sud-Est, nous avons appris par voie de presse que le président de la République reprenait la main sur le dossier calédonien – à vos côtés, me semble-t-il, monsieur le ministre des outre-mer. Au-delà de la déclaration d'intention depuis l'autre bout de la planète, nous nous interrogeons à nouveau sur la méthode, dans un moment crucial du processus engagé avec l'ensemble des parties prenantes. Depuis que je siège dans cet hémicycle, le groupe GDR et moi-même n'avons eu de cesse de vous alerter sur la prudence requise par la gestion des territoires en crise partout en outre-mer.
Au terme d'un débat amorcé en janvier, le gouvernement a présenté à Deva un projet d'État confédéré, reflétant deux aspirations fondamentales : d'un côté, l'aspiration à l'émancipation aux confins d'une souveraineté partagée, de l'autre, l'aspiration à la protection et à la sécurité de nos compatriotes désireux de conserver un lien fort avec la France. Si elle n'a pas abouti, la rencontre de Deva n'en reste pas moins un point d'étape majeur dans l'élaboration d'un accord politique – lequel est toujours en cours de discussion, puisqu'il a recueilli les faveurs de la majorité des groupes politiques présents, ainsi que celles du Front de libération nationale kanak et socialiste ; il faut à présent l'enrichir, capitaliser sur ces avancées afin de répondre aux attentes des populations. Car nous le savons tous : si aucun accord politique n'est trouvé d'ici à fin juin, nous entrerons dans un tunnel électoral, avec les scrutins provinciaux, municipaux, puis l'élection présidentielle, dont nous ne sortirons qu'à la fin du premier semestre 2027. Nous pourrions perdre trois années, alors que le territoire est exsangue, dépourvu de perspectives de relance économique ou sanitaire et incapable de mener les réformes nécessaires à son avenir.
Comment capitaliser sur cette méthode qui nous a ramenés sur le chemin de la concorde, si celle-ci change à nouveau en même temps que le format des discussions ? Comment aboutir à un accord politique dans ces conditions ? Il est temps de refermer la parenthèse coloniale dans nos pays et que la France prenne sa part dans l'achèvement du processus d'émancipation en Kanaky Nouvelle-Calédonie.