Naïma Moutchou Monsieur le premier ministre, la société est sidérée de ce qui est en train de se passer. Les Français sont sous le choc et en colère quand quasiment chaque jour l'actualité leur jette à la figure un nouveau drame, une nouvelle violence. Chaque jour ou presque, des adolescents tuent à l'arme blanche, des enfants et leurs surveillants sont poignardés jusqu'à l'intérieur même des établissements scolaires. Ce matin, c'est Mélanie, assistante d'éducation, qui a perdu la vie ; hier, c'étaient Elias, Laurène, Thomas, Sékou, Inès, Enzo, Matisse et tant d'autres encore, tous tués à l'arme blanche par des mineurs.
Cette liste, ce ne sont pas des faits divers, mais les signes d'un effondrement. Nous voyons l'autorité reculer partout et la violence gagner partout. Nous voyons une partie de la jeunesse qui sombre, qui bascule dans la brutalité la plus décomplexée. Nous voyons des adolescents qui sortent armés pour commettre le pire. C'est tout sauf une crise passagère, c'est un fléau, c'est l'ennemi public numéro un : voilà la conclusion de la mission que vous m'avez confiée à ce sujet, ainsi qu'au préfet François Ravier. Je vous ai remis le 28 mai notre rapport, qui n'est pas un simple document, qui doit être un électrochoc, une prise de conscience et, surtout, l'occasion d'agir.
Il est temps – c'est ce que nous préconisons – d'interdire strictement la vente et la détention de tout type d'arme blanche par les mineurs. Il est temps d'imposer le défèrement systématique des auteurs, de prévoir des sanctions pénales beaucoup plus rapides et d'instaurer des peines minimales, de sécuriser nos établissements scolaires, d'améliorer la chaîne de signalement. Il est temps d'investir dans la prévention, dans la santé mentale des jeunes et dans la médecine scolaire, de s'attaquer aux conséquences délétères des réseaux sociaux en interdisant le téléphone portable à l'école. Les mesures sont prêtes, elles sont applicables. Nous ne pouvons plus nous contenter d'attendre ni nous contenter d'hommages et de minutes de silence, encore et encore. Ma question est simple, monsieur le premier ministre, mais elle est solennelle : quand déciderons-nous que cela suffit ?