Béatrice Bellay Non, la présence de Kassav' sous les ors de l'Élysée ne saurait masquer la réalité de nos vies, ni faire taire nos exigences pour les pays des océans, dits d'outre-mer. Nous voulons la justice sociale, sanitaire environnementale, économique et foncière. Nous voulons des actes. Nous voulons des droits. Or le compte n'y est pas.
Il n'y est pas lorsqu'à l'approche des grandes vacances, des milliers d'étudiants et de familles martiniquaises guadeloupéennes, guyanaises, réunionnaises, etc., vivent un exil contraint, car incapables de regagner leurs territoires, faute de moyens, faute de prix raisonnables proposés par les compagnies aériennes, qui ne cessent de s'engraisser sur notre dos. En fait, faute d'une véritable continuité territoriale !
Le compte n'y est toujours pas, et encore moins son esprit, lorsque dans le cadre du protocole d'objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère en Martinique, signé en octobre, alors que l'État s'était engagé à financer le fonds des frais d'approche, lettre de mission est donnée à votre administration en visite chez nous de trouver un nouveau tour de passe-passe, un welto – un masque –, pour que la consommation locale – nos poches déjà éprouvées – finance le dispositif de l'État. Un comble ! Non, une nouvelle péréquation – zéro effort de l'État !
Nous ne demandons pas du vèglaj – de l'enfumage –, mais une politique de solidarité nationale, qui réduise les inégalités et qui assure des sécurités. Et sur ce point non plus, malgré la prolixité de votre ministre de l'intérieur, le compte n'y est pas, quand en Martinique nous déplorons plus de quatorze morts par armes à feu depuis le début de l'année. Quatorze ! Une hécatombe !
Ces morts ne tombent pas du ciel. Ils sont le fruit d'une assignation par l'État « républi-nial » à la pauvreté, à résidence, à l'autodestruction. Quand l'État oublie ses responsabilités sociales et territoriales, quand il laisse prospérer les inégalités, il devient le premier artisan de la violence, de l'économie parallèle et du narcotrafic, de la défiance institutionnelle et démocratique, de l'effondrement des repères, de la fragmentation du lien social.
Quand le gouvernement décidera-t-il de mener une véritable politique d'équité territoriale pour la mobilité des dits ultramarins et de s'attaquer enfin aux racines sociales, économiques…