Nicole Le Peih Qu'ils soient à la coque, mimosa, au plat, mollets, brouillés ou en omelette, les œufs sont en train de devenir un cas d'école de nos contradictions agricoles.
En un an, la consommation d'œufs a grimpé de 8 %. Les Français en consomment aujourd'hui 240 par an – un record en vingt ans ! C'est un produit accessible, riche en protéines, à l'empreinte carbone faible. Il est perçu par sept Français sur dix comme un aliment anticrise.
Mais la tension monte chez les producteurs.
En effet, les éleveurs sont prêts à répondre à cette demande croissante, mais ils se heurtent à deux verrous bien identifiés.
Le premier : le terrain. Les projets de bâtiment, même aux normes, même en plein air, sont ralentis, contestés, parfois même bloqués. La complexité administrative se double d'un climat de défiance, voire d'intimidation, qui rend la transition vers les élevages alternatifs techniquement et humainement difficile.
Deuxième verrou : l'environnement réglementaire. Des normes européennes comme la directive IED imposent des seuils inadaptés aux élevages familiaux, donc des coûts d'investissement jusqu'à 80 000 euros par site. Les risques sont clairs : des fermetures, une désincitation à l'installation et la montée des importations. Déjà un œuf sur dix consommés en France est importé. Certains scénarios européens évoquent une chute de notre taux d'autoapprovisionnement à 36 %. Évitons de reproduire ce qui s'est passé avec la production de poulets, dont les importations ne cessent d'augmenter !
Pourtant, la filière des œufs a fait ses preuves : elle a massivement investi et près de trois poules sur quatre sont élevées en système alternatif. Madame la ministre, vous avez montré votre attachement à une agriculture de solutions et nous le partageons. Quels leviers le gouvernement entend-il activer pour lever les blocages territoriaux ?