Nicolas Sansu Avec 713 kilomètres, dix-sept villes desservies dans quatre régions et 5 millions d'habitants concernés, la ligne ferroviaire Paris-Orléans-Vierzon-Limoges-Toulouse est une véritable ligne de vie du centre de la France. Elle assure un rôle irremplaçable d'aménagement du territoire, notamment pour les départements ruraux que sont le Cher, l'Indre, la Creuse, la Haute-Vienne, la Corrèze, la Dordogne et le Lot.
Depuis des années, des mobilisations, propositions et actions ont rassemblé tout le long de cette ligne les élus locaux et nationaux mais aussi les usagers, les organisations syndicales de la SNCF et les associations. Ces mobilisations, qui se poursuivent essentiellement sous l'égide de l'association Urgence Ligne Polt, ont permis des avancées notables qu'il convient de surveiller ; je pense en particulier aux investissements réalisés par la SNCF, l'État et les régions sur la ligne ainsi qu'à la commande de nouvelles rames Oxygène, dont le déploiement a malheureusement pris beaucoup de retard.
Il n'est cependant pas possible d'attendre 2027 en acceptant de multiples avaries et restrictions de service. Les carences en maintenance de locomotives causent de nombreuses annulations sur tout ou partie de la ligne et laissent en carafe des milliers de voyageurs. Deux allers-retours seront supprimés durant les deux semaines à venir et trois trains ne marquent plus l'arrêt à Vierzon depuis le 1er janvier. En outre, les travaux prévus en 2025 vont entraîner de fortes perturbations, puisque toutes les circulations seront supprimées en pleine journée pendant plus de six mois.
Le doublement du trafic ferroviaire, objectif affiché tant pour les voyageurs que pour les marchandises et rendu nécessaire par l'urgence climatique, exige pourtant que le fer soit une priorité et que son opérateur public soit préservé.
Des solutions existent et je souhaite vous poser quatre questions précises que j'ai eu l'occasion de porter à la connaissance de la SNCF au sein du comité de pilotage de la ligne Polt, sous l'égide du préfet de région de Nouvelle-Aquitaine. Premièrement, allez-vous répondre à l'urgence en demandant des embauches rapides et importantes dans le domaine de la maintenance, et allez-vous procéder à la location de nouveaux matériels en attendant la livraison des rames Oxygène ? Les mesures déjà prises en la matière par votre gouvernement s'avèrent bien insuffisantes ; elles entraînent des annulations et des retards inadmissibles.
Deuxièmement, comment accepter que les travaux sous circulation, qui ont toujours existé, ne soient plus jamais envisagés par les donneurs d'ordre que sont l'État et la SNCF ? Couper les circulations pour faire des travaux est un mauvais signal qui ne contribue pas à promouvoir le train.
Troisièmement, alors que l'État, autorité organisatrice de cette ligne comme celle de Paris-Clermont, est empêtré dans des travaux compliqués et restreint le service, ne pensez-vous pas qu'appeler à la privatisation de certaines circulations par l'ouverture à la concurrence sonne comme une provocation ? Nous avons besoin du train et c'est un service public, notamment en ce qui concerne les dessertes moins prisées, en pleine journée.
Enfin, quatrièmement, pouvez-vous envisager, lorsque les travaux seront achevés et les rames livrées, d'appuyer la mise en œuvre de quatorze allers-retours quotidiens sur cette ligne, ainsi que l'arrêt des trains de nuit notamment à Vierzon ? Ce sont des revendications exprimées par les usagers, les associations et les élus.
Notre vigilance à propos de cette ligne n'a d'égale que notre ténacité, car nous croyons dans le transport ferroviaire ; nous croyons dans la force du service public, et nous croyons dans le respect des cheminots et de leur statut. À une situation exceptionnelle doivent répondre des mesures exceptionnelles à même d'assurer le devenir de cette ligne de vie, au nom d'un principe d'égalité territoriale que le gouvernement ferait bien de ne pas oublier.