Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du travail et de l'emploi . Les chiffres que vous avez rappelés sont éloquents, en particulier le taux d'activité des seniors si on le compare au mieux-disant européen. Il s'agit d'un immense gâchis humain et économique, car ces chiffres cachent des vies et la nation, en excluant les seniors, se prive et nous prive d'expériences, de savoir-faire ainsi que de forces productives et contributives.
Cette situation a des causes multiples, parmi lesquelles l'ancienneté de la préretraite. Ce dispositif, qui remonte à l'époque de Raymond Barre, nous a habitués, ce dernier demi-siècle, à considérer que l'on n'a plus tout à fait sa place en entreprise à 55 ans passés. Cette culture est bien ancrée et a la vie dure.
Des avancées significatives ont toutefois été réalisées en la matière. D'abord, grâce au recul de l'âge de départ à la retraite, lequel a un impact sur le maintien dans l'emploi des seniors. L'enjeu n'est pas seulement le chômage des seniors, comme vous l'avez souligné, mais aussi leur maintien dans l'emploi.
L'accord national interprofessionnel sur l'emploi des seniors, signé en novembre par quatre syndicats et l'ensemble des organisations patronales, constitue une deuxième réussite. Il prévoit un entretien renforcé et englobant de mi-carrière, qui aborde les questions relatives aux compétences et à la santé, laquelle me semble trop peu considérée quand il s'agit d'un certain nombre de métiers à forte usure professionnelle.
Cet accord impose une négociation obligatoire concernant l'emploi des seniors, pour qu'il soit discuté au niveau des branches et des entreprises. Il prévoit de faciliter l'accès à la retraite progressive, car la deuxième partie de carrière n'est pas uniforme jusqu'à la fin et ne se distribue pas en deux catégories distinctes : avec ou sans activité. Il faut envisager un spectre de possibilités, en particulier en matière d'aidance familiale ou de bénévolat. Il prévoit aussi un contrat de valorisation de l'expérience qui offre plus de facilités à l'employeur et qui se rapproche du CDI senior que vous proposez. Enfin, il contient des améliorations très concrètes pour le cumul emploi-retraite, qui restent néanmoins perfectibles.
L'emploi des seniors est, avec l'insertion professionnelle des jeunes, la mère des batailles.
Par rapport aux pays d'Europe du Nord, nous avons une conception très particulière de l'emploi des seniors. Pour changer ce regard et valoriser leur travail, leur expertise, leur fiabilité et leurs apports au monde de l'entreprise, nous voulons lancer, au printemps et en collaboration avec les partenaires sociaux et l'ensemble des organisations professionnelles, une campagne de communication.
Nous inscrirons dans la loi certaines dispositions de l'accord national interprofessionnel, dès le premier semestre de 2025. Enfin, nous initierons, d'ici à un mois, une concertation avec les partenaires sociaux sur le sujet compliqué du dispositif de reconversion pour les seniors, en particulier dans le cadre de plans de restructuration industrielle.