Laurent Jacobelli En l'absence du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, je salue Mme la ministre déléguée Louwagie. Je sais que vous vous êtes rendue récemment dans notre belle Moselle. Les Français qui vivent dans ce département et travaillent chaque jour au Luxembourg sont inquiets parce que la nouvelle convention fiscale entre les deux pays, qui devrait s'appliquer cette année, est, pour beaucoup d'entre eux, notamment pour les foyers dont un membre seulement travaille au Luxembourg, synonyme de matraquage fiscal.
Ces travailleurs frontaliers inquiets sont nombreux : 122 000 en Lorraine et 50 000 en Moselle. Leur vie n'est pas toujours simple. Lors de leurs trajets en voiture entre le domicile et le travail, ils sont confrontés à une heure et demie de bouchons matin et soir. S'ils prennent le TER, ils subissent des pannes techniques ou des suppressions de trains, la région Grand Est étant l'une des moins bien gérées en la matière. Ils travaillent 40 heures et non 35 et doivent souvent embaucher une nounou, sacrifiant ainsi leur vie de famille, parce qu'ils rentrent au foyer après vingt et une heures. Dès lors, pourquoi leur infliger ce matraquage fiscal qui représenterait une peine supplémentaire ?
J'ajoute que notre économie a besoin de ces travailleurs frontaliers qui dépensent 80 % de leurs revenus sur le territoire lorrain. Ils paient la TVA et font vivre les commerçants.
Par ailleurs, gardons bien à l'esprit que, si de nombreux Français choisissent de travailler au Luxembourg, ce n'est pas par plaisir. Ils paient des années d'incompétence de l'État, lequel s'est révélé incapable de maintenir les emplois à la suite de la désindustrialisation qui a touché, vous le savez, nos mines et notre sidérurgie.
Pourquoi vouloir serrer davantage l'étau fiscal sur ceux qui travaillent et nous apportent des richesses ? Si cette convention entre en vigueur – nous y échappons depuis deux ans –, elle entraînera une baisse du pouvoir d'achat de ces Français et donc une baisse de la consommation dans ces territoires de notre pays.
Certains, qui anticipent une surimposition, songent déjà à briser leur pacs ou à divorcer, d'autres réfléchissent à une installation définitive au Luxembourg.
Vous imaginez bien que tout le monde y perdrait : l'État, qui percevrait moins de recettes fiscales en raison de la baisse de la TVA et du fait que des Français s'installeraient à l'étranger ; les commerçants et entrepreneurs locaux, qui verraient leurs chiffres d'affaires diminuer ; ceux enfin qui seraient obligés de payer davantage d'impôts.
Député de la huitième circonscription de la Moselle, la première touchée par cette convention fiscale, je vous le demande : instaurerons-nous enfin la paix fiscale pour les frontaliers ? Gèlerons-nous pour une année supplémentaire cette convention qui nous lie au Luxembourg et dont l'application serait désastreuse pour de nombreux foyers ?