Bertrand Sorre La France s'est engagée en 2022 à classer en aire protégée 30 % de ses écosystèmes terrestres et marins, dont 10 % sous protection forte. L'archipel de Chausey est un quartier insulaire de Granville, situé à 17 kilomètres de la côte normande, dans la deuxième circonscription de la Manche, où je suis élu. La perspective d'y établir une zone de protection forte suscite de très fortes et légitimes inquiétudes.
L'environnement naturel exceptionnel de l'archipel de Chausey est un joyau déjà soumis à plusieurs dispositifs de protection et jalousement préservé. Son état de conservation témoigne d'ailleurs de la capacité des acteurs à prendre soin de ces espaces, qui constituent leur environnement quotidien.
Les herbiers de zostères, riches en faune benthique et utiles à la biodiversité, présentent tous les signes de bonne santé. Ils y sont d'ailleurs en phase d'expansion géographique depuis 1982, Chausey abritant le deuxième plus grand herbier de France. Et pourtant, ils sont au centre de ce projet de création d'une ZPF.
Pêcheurs professionnels, conchyliculteurs, élus du territoire, pêcheurs de loisir sont tous investis ici dans une logique durable et œuvrent en ce sens. Ils s'opposent d'autant plus à ce projet qu'ils ont intégré des pratiques vertueuses visant à réduire leur empreinte environnementale.
Les pêcheurs professionnels de Granville pratiquent une pêche artisanale et côtière qui n'a rien de commun avec la pêche industrielle et le pillage des fonds marins. La conchyliculture, elle aussi vertueuse, grâce à l'action de filtration des bivalves, participe à l'amélioration de la qualité des eaux et régule d'elle-même ses zones d'élevage.
Les activités maritimes soutiennent l'économie et les emplois. Ces filières sont déjà fragilisées économiquement par une succession de crises : le covid ; le Brexit, particulièrement préjudiciable dans cette région proche des îles anglo-normandes ; la prédation des araignées de mer ; la flambée des prix de l'énergie ; le réchauffement des eaux, qui provoque une raréfaction du bulot ; le norovirus. Les pénaliser entraînerait un déclin socio-économique global du bassin granvillais. L'inquiétude, croyez-moi, est forte.
L'objectif de préservation environnementale n'est ni rejeté ni négligé, bien au contraire ! La protection de l'environnement constitue un enjeu majeur pour les pêcheurs et éleveurs marins, puisque l'avenir de leur activité dépend directement de la santé des écosystèmes. Toutefois, le souhait – unanime – est d'étudier et d'évaluer les interactions entre les activités humaines et les habitats benthiques avant d'adopter toute nouvelle mesure. Pouvez-vous m'assurer qu'il y aura une concertation et que les acteurs locaux seront associés à toute éventuelle nouvelle décision concernant une ZPF ?