Thierry Liger La directive européenne relative à la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises, dite CSRD, est entrée en vigueur le 1er janvier 2024. Elle s'applique aux grands groupes et sera étendue aux PME à partir de janvier 2026. Elle a été transposée en droit français par l'ordonnance du 6 novembre 2023 qui a rendu obligatoire la publication et la certification d'informations en matière de durabilité, d'obligations environnementales et sociales. Des dizaines de milliers d'entreprises sont dès lors tenues de publier un rapport s'appuyant sur plus de 1 000 indicateurs, couvrant douze thématiques.
L'objectif est de permettre aux investisseurs, aux salariés et aux clients des entreprises un accès facilité à une information détaillée sur l'implication de celles-ci en matière de durabilité, information standardisée et comparable au niveau européen. Ce reporting fonctionne à la fois comme un levier essentiel pour une économie plus responsable et comme un outil au service de la légitimité de nos entreprises, dont les objectifs en matière de décarbonation sont de plus en plus ambitieux.
Toutefois, des inquiétudes apparaissent sur le fait que cette nouvelle réglementation constituerait un handicap compétitif pour les entreprises françaises, notamment les PME, sur lesquelles pèsent déjà de nombreuses contraintes.
En octobre dernier, Michel Barnier avait exprimé certaines réserves et proposé un moratoire sur l'application de cette directive. Il en va de même en Allemagne, où le chancelier a demandé officiellement la révision de cette nouvelle réglementation pour privilégier des mesures rapides et ciblées de simplification de la CSRD.
Cette charge pourrait s'avérer particulièrement lourde pour les PME et les secteurs sensibles aux exigences administratives élevées. À la demande de la Confédération des petites et moyennes entreprises, un premier test avait été lancé par la ministre Olivia Grégoire en mars 2024 afin d'évaluer les conséquences possibles de cette directive sur les PME. Nous en attendons encore les conclusions.
Enfin, dans un rapport rendu à la Commission européenne en septembre 2024, Mario Draghi plaidait pour un allègement des normes freinant la capacité d'innovation des entreprises. À l'heure où un choc de simplification est réclamé dans tous les pans de l'économie française, il serait dommage de gâcher une belle idée de départ par une suradministration préjudiciable à tous.
Comment Mme Véronique Louwagie, ministre déléguée chargée du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises et de l'économie sociale et solidaire, compte-t-elle concilier les exigences de transparence et de durabilité avec la compétitivité des entreprises françaises, en particulier pour les plus petites d'entre elles ? Si l'Union européenne venait à suivre les recommandations de Mario Draghi, le gouvernement s'engagera-t-il, au minimum, à ne pas surtransposer ?