Jean-Paul Lecoq Les accompagnants d'élèves en situation de handicap représentent désormais le deuxième métier au sein de l'éducation nationale. Acteurs principaux de l'école inclusive, ils accompagnent au quotidien les élèves en situation de handicap, de la maternelle au lycée. Ils jouent un rôle-clé, qui n'est pas rémunéré à sa juste valeur. Majoritairement payés à 72 % du smic, car ils travaillent à temps partiel – selon le temps de présence des élèves, soit vingt-quatre heures par semaine –, ces agents de l'éducation nationale, souvent des mères seules avec enfants ou eux-mêmes en situation de handicap, subissent généralement de grandes difficultés financières en plus de mauvaises conditions de travail.
Les AESH assurent plusieurs suivis, dans des établissements différents, sans prise en charge des transports nécessaires pour se rendre d'un lieu de travail à un autre. Les pathologies dont souffrent les enfants qu'ils accompagnent sont de plus en plus lourdes. Aucun matériel informatique n'est mis à leur disposition. L'hyperprécarité est trop souvent leur quotidien. Le malaise est général. Notre ancien collègue Sébastien Jumel, dans son rapport d'enquête sur l'inclusion des élèves handicapés dans l'école et l'université de la République, quatorze ans après la loi du 11 février 2005, nous alertait déjà sur leur situation en 2019.
N'en pouvant plus de cette vie, Karen, jeune maman et AESH dans l'Eure, s'est suicidée en janvier dernier. Elle laisse sa fille autiste à la charge de sa mère.
Si des avancées ont été obtenues pour améliorer le statut de ces agents et soutenir leur recrutement, il n'y a aucun cadrage national : chaque académie gère ce personnel à sa manière.
Les AESH perçoivent des aides sociales, en raison de leur modeste salaire, mais les différents rappels de prime, les heures supplémentaires et les rappels d'heures en provoquent la suspension et plongent ces travailleuses – car ce sont majoritairement des femmes qui exercent ce métier – dans une précarité grandissante. Si leur dû était payé en temps et en heure, elles ne perdraient aucun droit : ces rappels doivent être considérés comme des régularisations et non comme des augmentations de revenu.
Madame la ministre de l'éducation nationale, je vous demande de bien vouloir envisager, pour les AESH, la neutralisation par la mensualisation des ressources exceptionnelles et autres régularisations de leur employeur dans le calcul de leurs droits auprès de la caisse d'allocations familiales. La stabilité de leurs ressources sera ainsi mieux assurée.
Je sais que vous ne gérez pas les CAF, mais vous avez, me semble-t-il, le devoir de prendre en compte ces situations dramatiques. Nous manquons d'un grand nombre d'AESH et leur recrutement est devenu difficile, ce que vos services doivent vous signaler régulièrement. La cause de cette difficulté ? Les faibles salaires, les conditions de travail et le statut. Il y a urgence à agir !