Clémence Guetté J'espère moi aussi obtenir une réponse satisfaisante et convaincante. J'attends de voir…
Les alertes et mobilisations en faveur de l'école publique émancipatrice se multiplient, de la part des personnels, des parents d'élèves et des élus, parce que la situation s'aggrave partout. Dans mon département, le Val-de-Marne, le manque d'accompagnement pour les élèves en situation de handicap est probablement l'aspect le plus dramatique et urgent de cette faillite. Nous avons besoin de personnels en nombre suffisant, bien formés et bien rémunérés.
J'étais, l'automne dernier, dans plusieurs écoles de ma circonscription, aux côtés des parents et des enseignants pour dénoncer la situation désormais intenable, liée à la pénurie d'accompagnantes d'élèves en situation de handicap. À la rentrée de septembre, le département ne comptait que 2 200 AESH en poste pour près de 9 000 élèves reconnus comme ayant besoin d'un accompagnement humain. Aujourd'hui, 20 % de ces élèves ne disposent donc pas d'un accompagnement adapté. Dans certaines écoles, il n'y a que trois ou quatre postes pour accompagner jusqu'à une vingtaine d'élèves notifiés, reconnus comme ayant besoin de cette aide, parfois à temps plein. Il manquerait quarante AESH rien que dans la ville de Choisy-le-Roi.
Il faut se rendre compte de ce que cela veut dire : plusieurs milliers d'élèves sont mal pris en charge dans leurs apprentissages et leur vie quotidienne à l'école ; ils sont donc discriminés et en souffrance en raison de leur handicap ; certains ne peuvent même pas être scolarisés. J'avais alerté votre prédécesseure sur la situation d'un élève de ma circonscription, privé de toutes les sorties scolaires et tenu à l'écart des autres élèves faute d'accompagnement.
Nous en sommes là : bien loin de l'engagement pris il y a vingt ans en faveur de l'école inclusive, des enfants sont exclus de fait. Les causes de cette faillite, bien connues, sont dénoncées unanimement par les syndicats de professionnels. L'académie de Créteil tente depuis des années de recruter davantage d'AESH, mais elle se heurte au manque d'attractivité du métier – euphémisme pour exprimer le fait que ces professionnelles ne sont pas reconnues, n'ont pas de formation adaptée, sont très mal payées et souffrent de conditions de travail catastrophiques, notamment du fait de temps partiels subis qui les contraignent à se démener entre plusieurs écoles et plusieurs enfants aux besoins très différents, avec des journées et des semaines à trous.
Les démissions, burn-out, dépressions et accidents de travail explosent. En janvier dernier, le suicide de Karen, AESH dans l'Eure, dans l'indifférence la plus totale, rappelait les drames de France Télécom. Vous en porterez la responsabilité si votre politique ne change pas radicalement. En effet, les choix opérés par les précédents gouvernements pèsent lourd dans cette souffrance : les dispositions de l'acte II de l'école inclusive, passé en force à la rentrée scolaire 2024, ne répondent en rien aux problèmes et ont même conduit à dégrader les conditions de travail des AESH.
Ces travailleuses sont méprisées par vos choix en matière de politique éducative. Ce sont presque toutes des femmes, bien souvent racisées, qui vivent dans des quartiers populaires et sont souvent elles-mêmes mères isolées. En cette semaine du 8 mars, car la cause des AESH est éminemment féministe, je sonne l'alerte. Il faut écouter ces professionnelles qui disent participer malgré elles à une forme de maltraitance et entendre ces professeurs ou ces parents obligés de se substituer à des agents formés.
Il faut également créer un véritable statut de fonctionnaire pour les AESH, construit avec les accompagnantes et leurs organisations syndicales, rémunérer à sa juste valeur leur travail essentiel de soin, d'attention, de tendresse et d'éducation, recruter et former massivement, en finir avec les pôles inclusifs d'accompagnement localisé, les pôles d'appui à la scolarité et la mutualisation, appliquer une politique coordonnée avec le secteur médico-social et y consacrer des moyens à la hauteur des besoins. L'inclusion des enfants et des futurs adultes handicapés doit être mise au cœur du projet de l'école républicaine.