François-Xavier Ceccoli « Corse : la présence d'une mafia désormais avérée sur l'île », titrait samedi 8 mars le site Franceinfo à la suite de la manifestation antimafia ayant eu lieu à Ajaccio le jour même. Il ne s'agit pas d'un système pyramidal, vertical, comme on peut le voir dans certaines régions d'Italie, en particulier celles où sévit Cosa nostra, mais d'une multitude de bandes armées – en 2022, un rapport du service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée, qui appartient à la police judiciaire, en a recensé vingt-cinq.
Cet état de fait est donc également admis à Paris ; j'en veux pour preuve l'annonce par Gérald Darmanin de la création prochaine à Bastia d'un pôle de lutte contre la criminalité organisée, ainsi que d'un renfort de cinquante personnels dont dix-sept magistrats. Le geste est d'importance : ces efforts doivent permettre une réponse judiciaire aux meurtres, assassinats, pressions dont le nombre par habitant se situe dans l'île parmi les plus élevés d'Europe et dont les auteurs, faute d'être identifiés ou confondus, restent trop souvent impunis. On ne saurait pour autant oublier le racket et le trafic de drogue, en pleine expansion, qui pèsent sur le quotidien de nos concitoyens. Sur le sol français, à seulement une heure et demie d'avion de Paris, la tranquillité de la vie est toute relative. Ce haut niveau de criminalité affecte désormais toutes les composantes de la société corse : acteurs économiques et politiques, mais aussi simples citoyens, dont on veut obtenir des avantages, peuvent devenir la cible, j'y insiste, de pressions, de menaces, voire d'assassinats. La prédation est à son comble.
Il y a plusieurs mois, les deux chambres du Parlement se sont saisies du projet gouvernemental d'évolution institutionnelle, né à la suite des émeutes consécutives à l'assassinat en prison d'Yvan Colonna : notre île pourrait se voir doter, pour citer le président Macron, d'« une autonomie […] dans la République ». Bien entendu, pas question de transférer à la collectivité de Corse des compétences régaliennes, surtout touchant la justice ou la sécurité. Il serait toutefois illusoire, ce serait se fourvoyer que de penser qu'une Assemblée de Corse pouvant légiférer sans contrôle suffirait à protéger les Corses : l'urbanisme, les marchés publics, les déchets, la libre concurrence subissent déjà la pression des groupes mafieux.
Pourriez-vous nous rassurer en confirmant qu'aux termes du document final qui sera examiné par les chambres, la collectivité de Corse ne décidera pas seule, quoi qu'il advienne, de l'avenir de ses administrés ?