Laure Miller Il y a quelques semaines, j'ai reçu la visite d'un lycéen, accompagné de l'un de ses professeurs. Il venait me parler de son petit frère autiste qui ne trouve pas sa place. Chaque semaine, celui-ci met les pieds à l'école mais, chaque semaine, on appelle sa mère quasiment dans la foulée car l'école, en l'état, n'est pas adaptée à sa situation. Son père étant malade, c'est sa maman qui vient le rechercher. C'est donc sa maman qui a dû, tant bien que mal, adapter son emploi du temps, en faisant des ménages la nuit, pour être là pour son fils le reste du temps. Le grand frère, le lycéen, doit gérer les problèmes administratifs, et particulièrement les relances auprès des établissements spécialisés qui ont mis son petit frère sur liste d'attente. Le seul établissement qui ne leur ait pas fait simplement un retour négatif, l'a inscrit sur liste d'attente depuis plus de trois ans. L'institut médico-éducatif dispose de vingt places et quatre-vingt-dix enfants sont sur liste d'attente. La mère est épuisée. Le grand frère l'est tout autant et s'interroge sur son avenir après le bac alors que sa famille dépend si fortement de lui. Cette histoire m'a évidemment interpellée et, je l'imagine, vous interpelle aussi. Cependant elle est loin d'être isolée.
Il ne s'agit pas pour moi de dire que rien n'a été fait ou que rien n'est fait actuellement mais, vingt ans après la loi de 2005, il est sans doute temps de se poser et de porter un regard neuf sur ces problèmes pour que chaque enfant puisse s'épanouir dans un environnement adapté à ses besoins et propice à son inclusion. Lors de la dernière Conférence nationale du handicap, en avril 2023, de nombreux engagements forts ont été pris. Dans le Grand Est, l'agence régionale de santé a lancé une première phase d'appel à manifestation d'intérêt « 50 000 solutions » un an plus tard, en avril 2024. Pourtant, à l'issue de l'année 2024, seules dix places supplémentaires pour les jeunes adultes sont prévues dans la Marne. Bien sûr, tout est bon à prendre et nous nous félicitons de ces moyens supplémentaires accordés. Mais vous connaissez et vous comprenez l'impatience des Français concernés par le sujet du handicap. Alors que les pouvoirs publics ont parlé en avril 2023 de « plan massif de financement de “50 000 solutions” », nous en étions en 2025, dans ma circonscription, au « lancement d'un diagnostic territorial ». Passer un an sur un diagnostic, c'est malheureusement très long lorsqu'on connaît les enjeux, qu'on a en tête les moyens promis et qu'on sait que certains n'ont aucune visibilité pour l'avenir de son enfant.
Vous le savez mieux que moi, les parents concernés ne demandent pas que, du jour au lendemain, on leur trouve une solution miracle ; mais ils ont besoin de savoir où ils vont, d'être assurés qu'ils ne sont pas condamnés à une errance infinie et que dans deux, trois, quatre ans, une solution s'offrira à eux. Il est nécessaire de réaliser une planification territoriale dans ce domaine.
Madame la ministre, quelles mesures concrètes prendrez-vous pour que les listes d'attente en IME cessent d'être un véritable parcours du combattant pour les familles ? Comment garantir qu'aucun enfant ne sera laissé sans solution, condamné à une errance éducative et sociale ?