Matthieu Bloch Le 31 mai 2023, le prédécesseur du ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins Yannick Neuder suspendait avec sagesse le projet de regroupement de la cancérologie à l'hôpital Nord-Franche-Comté de Trévenans aux dépens du site du Mittan à Montbéliard. Il avait constaté, grâce à sa rencontre avec les élus du pays de Montbéliard, que ni le projet architectural désespérant ni l'absence de projet médical ne permettaient de s'engager dans ce transfert. Il avait observé la mobilisation des habitants du pays de Montbéliard et l'union sacrée derrière le maintien de la cancérologie sur le site du Mittan, symbolisée par plus de 10 400 signatures recueillies et fruit d'un accord historique lors de la disparition de l'hôpital André-Boulloche.
Près de deux ans après, nous en sommes toujours au même point. Le projet, qui prévoit un bâtiment à l'évidence sous-dimensionné, n'analyse pas la possibilité d'augmenter le nombre d'accélérateurs de particules, pas plus qu'il n'étudie la complémentarité avec l'hématologie et les soins palliatifs ou l'éventualité de départs de soignants si ce transfert advenait.
Surtout, où est le souci des malades ? Allons-nous les installer dans un bâtiment construit sur le parking actuel du site de Trévenans, en face d'un bloc de béton, alors que celui du Mittan se trouve dans un bel écrin de verdure ? Nous savons pourtant qu'un environnement agréable renforce le moral des patients et leur permet de mieux lutter contre cette terrible maladie qu'est le cancer.
En vérité, ce projet de transfert répond non au souci des malades mais à une logique profondément technocratique. Il est possible d'étendre le site du Mittan car une trentaine de parcelles attenantes peuvent être utilisées afin qu'il demeure ce qu'il est déjà : un pôle d'excellence qui donne entière satisfaction aux patients comme aux professionnels de santé.
Enfin, rappelons la manière dont la ville de Montbéliard a été dépouillée. Le premier régiment d'artillerie a été transféré à Bourogne ; les grandes lignes SNCF ont été centralisées à Méroux-Moval ; l'hôpital André-Boulloche a été remplacé par le grand hôpital de Trévenans, dont le conseil de surveillance comprend des parlementaires du Territoire de Belfort, mais aucun du Doubs, alors que la majorité des patients vient de ce dernier département. Va-t-on mettre un point final à cette lubie technocratique ? Décidera-t-on une fois pour toutes de maintenir le pôle cancérologie au Mittan, où il pourra être développé ? Le pays de Montbéliard attend une réponse.