Édouard Bénard Le 6 février 2025, la direction de Lubrizol France a annoncé la suppression de 169 emplois sur ses sites industriels de Rouen-Petit-Quevilly et d'Oudalle, tous les deux situés en Seine-Maritime. Le plus gros des suppressions d'emplois concernerait le site de Petit-Quevilly, où les 147 postes menacés correspondent, pour l'essentiel, aux salariés affectés à l'unité de production de dispersants menacée de fermeture.
L'usine rouennaise s'est fait connaître pour de malheureuses raisons lors de l'incendie qui a ravagé son centre de stockage en 2019 ; le panache de fumée s'est étendu jusqu'aux Hauts-de-France et a marqué durablement les esprits dans toute l'agglomération rouennaise.
La multinationale, qui réalise de confortables bénéfices – y compris en Europe, où sa marge bénéficiaire est située entre 6 % et 7 % –, prend désormais prétexte du ralentissement des immatriculations de véhicules thermiques pour justifier son plan de licenciement. Or Lubrizol, comme d'autres acteurs de la chimie, a ouvert récemment au Brésil et en Inde, pays moins-disants sur les plans social et environnemental, de nouvelles unités susceptibles d'exporter leur production en Europe.
Dans les faits, les suppressions d'emplois en Seine-Maritime constituent donc évidemment des licenciements boursiers dictés par la volonté de maximiser les profits et non justifiés par de réelles difficultés économiques.
Lors de l'ouverture des négociations relatives au plan de sauvegarde de l'emploi, la direction a proposé des indemnités de licenciement supralégales ridicules au regard des moyens de la firme, qui a encore réalisé 70 millions de profits en Europe. De plus, elle affiche sa volonté d'expédier au plus vite les négociations.
Malgré le sinistre industriel survenu en 2019, sur lequel ne s'est pas encore prononcée la justice, la direction du groupe s'active auprès des services de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement pour réduire la classification Seveso de l'usine de Petit-Quevilly, classée en seuil haut, afin de diminuer les contraintes de sécurité, notamment pour le personnel. Ne feignons pas la naïveté : une telle réduction constituerait une aberration étant donné l'histoire du site et elle serait incompréhensible pour la population.
Si l'usine de Petit-Quevilly est dotée de la seule unité de mélange du groupe, qui est capable de produire un large panel de références, son avenir est pourtant menacé, comme l'indique le fait que des ingénieurs sont venus à plusieurs reprises réaliser des relevés techniques de cette unité susceptible d'être dupliquée à l'étranger.
Les États européens continueront d'utiliser des moteurs thermiques pour de nombreux usages, y compris pour la défense, bien au-delà de l'échéance de 2035. Aussi y aura-t-il toujours besoin d'huiles moteur pour assurer leur fonctionnement. Il est donc indispensable de préserver les capacités de production françaises afin d'éviter toute situation de dépendance.
Par conséquent, je vous demande, madame la ministre, d'user de l'ensemble des moyens mis à la disposition du gouvernement pour contester ce plan social et obtenir son annulation, ou du moins sa réduction substantielle. Il convient notamment de faire face aux exigences de sécurité, qui ne sauraient souffrir d'un quelconque relâchement, et d'obtenir, le cas échéant, un véritable plan de sauvegarde de l'emploi, à la hauteur des moyens de la multinationale, pour les salariés qui ne seraient pas reclassés.