Naïma Moutchou Madame la ministre de l'éducation nationale, c'est la quatrième fois que je suis ici pour vous parler d'un même sujet, celui du remplacement des enseignants absents. Je dois dire que je suis en colère et fatiguée de devoir revenir sans cesse sur une réalité que tout le monde connaît, que tout le monde vit sur le terrain et qui pourtant ne trouve jamais de réponse satisfaisante.
Chaque fois, j'ai rapporté les mêmes faits et les mêmes situations intenables et chaque fois, on m'a répondu la même chose : on me sert des éléments de langage, on me fait des promesses vagues, pendant que des heures de cours sont encore perdues, que les enfants décrochent, que les familles s'épuisent et que les enseignants, qui tiennent à bout de bras un système qui craque de partout, sont à bout. L'école vacille !
Je vais faire ce que j'ai déjà fait, vous donner des exemples. Dans la seule ville d'Ermont, une classe de CP-CE1 de l'école Maurice-Ravel est sans enseignant depuis le 24 janvier et ses élèves ne profitent plus, depuis deux mois, d'un enseignement normal. Au collège Saint-Exupéry, certains élèves n'ont plus de professeur de français depuis des semaines. Dans l'école Louis-Pasteur, une enseignante de CM1 a cumulé un mois d'absence de cours depuis la rentrée, sans être remplacée. Dans l'école Jean-Jaurès, on parle de 125 élèves répartis dans neuf classes pour pallier les mêmes difficultés. La professeure de la classe de l'unité localisée pour l'inclusion scolaire de Saint-Leu-la-Forêt n'a été remplacée que huit jours alors qu'elle est absente depuis novembre. Une classe de moyenne et grande section de maternelle cumule déjà vingt-quatre jours sans enseignant.
Je pourrais continuer cette liste funeste en vous parlant des situations des établissements d'Eaubonne et de Franconville, mais aussi d'autres villes du Val-d'Oise, le département le plus jeune de France, où la situation est identique. Les directeurs, les équipes pédagogiques, les parents d'élèves, le directeur académique des services de l'éducation nationale, les maires… Tous s'épuisent à chercher des solutions !
Ce que je viens de décrire, ce ne sont pas des incidents, ce n'est pas une série de cas isolés : c'est un effondrement silencieux, auquel tout le monde, semble-t-il, s'habitue.
Évidemment, on ne peut pas s'habituer à la situation. Il s'agit de nos enfants, en d'autres termes des fondations qu'on est en train de saboter. Nous savons bien que l'école n'est pas un service parmi d'autres : c'est là que tout commence, que se joue l'avenir d'un enfant et d'un pays.
Le tribunal administratif d'Orléans a déjà condamné l'État le mois dernier pour des absences non remplacées. Si rien ne change, d'autres parents iront au contentieux, y compris dans mon département – et ils auront raison, car l'État ne peut pas abandonner les siens à ce point.
Je vous le demande avec gravité : comment allez-vous réagir ? Quelles mesures immédiates et concrètes comptez-vous prendre pour que les élèves retrouvent une école digne de ce nom et pour que les familles reprennent confiance dans l'institution scolaire ?