Manon Meunier Madame la ministre, si vous vouliez tuer votre chien, vous diriez qu'il a la rage. De la même façon, si vous vouliez tuer le service public, vous arrêteriez de le financer, vous supprimeriez des postes et ensuite vous feriez de grands discours pour montrer que le service public ne fonctionne plus et qu'il vaut mieux tout privatiser. Mais je n'ai pas besoin de vous l'apprendre, car vous le faites déjà très bien, notamment pour le service public de La Poste.
Bessines-sur-Gartempe, Nieul, Nantiat, Magnac-Laval, Saint-Sulpice-Laurière, Nexon, Aixe-sur-Vienne, Saint-Léonard-de-Noblat, Pierre-Buffière, Saint-Germain-les-Belles : voilà les dix centres de distribution du courrier dont la fermeture a été annoncée en Haute-Vienne, sur les quinze qui existent actuellement dans les communes rurales haut-viennoises. Vous laissez des agents épuisés, qui n'en peuvent plus des réorganisations successives, et des usagers désabusés, qui ne comprennent pas votre acharnement à laisser nos campagnes vides de tout service public.
Il y a dix ans, pourtant, le facteur figurait encore parmi les premiers métiers préférés des Français, et pour cause : c'est un travail de proximité, qui permet de maintenir des liens, notamment avec les personnes âgées isolées, en particulier dans les communes rurales. « Mais aujourd'hui, notre métier a perdu de son sens », me disait Patricia, agente de La Poste à Bellac. « Le lien avec les personnes âgées est devenu un service payant, les tournées changent d'itinéraire tous les quatre matins et sont de plus en plus longues. » De fait, la tournée de Saint-Barbant atteint 160 kilomètres.
Certes – j'anticipe votre réponse, madame la ministre –, il y a moins de lettres à distribuer qu'avant. Mais les départs à la retraite non remplacés, les réorganisations incessantes et les suppressions d'emplois sont allés si loin que la charge de travail a augmenté pour les agentes et les agents.
Cerise sur le gâteau : en 2024, l'État et la Caisse des dépôts, les deux actionnaires, ont récupéré 421 millions d'euros de dividendes du groupe La Poste – on ne peut pas dire qu'il n'y a pas d'argent – tandis qu'Annie, fonctionnaire à La Poste depuis vingt-cinq ans, ne touche que 1 600 euros par mois…
En annonçant la fermeture de dix des quinze centres de tri ruraux en Haute-Vienne, vous faites exploser la colère et l'incompréhension. Certains salariés remettent entièrement en question leur projet de vie, comme cette femme qui m'a confié : « J'étais en train d'acheter une maison à Bessines et on me demande de faire 60 kilomètres de plus par jour pour aller travailler à Bellac. Je vais abandonner mon projet de maison. »
Vous continuez de vider les campagnes au nom de logiques budgétaires qui ne tiennent même pas la route. Vous souhaiteriez n'avoir que des mégacentres de services publics dans les villes, mais les ruralités ne sont pas des cités-dortoirs : elles méritent d'être desservies correctement et que des activités s'y maintiennent et s'y développent. C'est là le sens du service public : servir équitablement toute citoyenne et tout citoyen, quel qu'il soit et où qu'il soit.
Les salariés de La Poste, en tant qu'agents de service public, méritent notre considération. Revenez donc sur ces fermetures de centres de tri, madame la ministre. Que le métier de facteur retrouve sa place parmi les métiers préférés des Français !