Catherine Rimbert Depuis dix ans, la filière cerise française est confrontée à une crise majeure. En cause, l'absence de solutions de traitement destinées à protéger les vergers contre les mouches de la cerise, en particulier la Drosophila suzukii.
Au fil des ans, la filière a connu de nombreux retraits de molécules qui ont, chaque année, diminué un peu plus son potentiel de production. Ainsi, la filière cerise d'industrie a perdu 38 % de son potentiel en huit ans, si bien que les contrats qu'elle était parvenue à signer ne peuvent plus être honorés en raison de l'incertitude de la production. Les nouvelles demandes de contrat, quant à elles, ne peuvent pas être acceptées du fait de l'absence de visibilité à moyen et à long terme.
Si nombre de filières agricoles subissent des crises sévères, la filière cerise d'industrie française ne connaît pas, à ce jour, de crise commerciale mais une profonde crise technique : elle n'est plus en mesure de protéger efficacement ses vergers pour offrir aux consommateurs et aux industriels français des cerises de qualité.
Parce que toutes les molécules efficaces ont été progressivement interdites sans que des solutions alternatives pérennes soient proposées, la filière cerise française est en train de disparaître, au profit d'importations turques et bulgares dont les contraintes réglementaires sont bien loin de celles que vous exigez de nos agriculteurs. Si la filière cerise répond en tout point aux critères de la souveraineté alimentaire, pourquoi la laissons-nous péricliter sans lui apporter de solution durable et efficace ?
Nous savons que la recherche travaille, mais son rythme est trop lent comparé à la réalité des vergers : depuis l'arrivée de la Drosophila suzukii, quinze ans se sont écoulés sans aucune proposition de solution économiquement viable.
Les conséquences sont multiples : économiques, avec des pertes d'emplois au sein des industries locales, des transporteurs, des transformateurs, et une cessation d'activité dans certaines exploitations agricoles ; financières, avec 40 % des surfaces de production perdues ; touristiques, avec l'abandon des parcelles entretenues par les agriculteurs et, dans ma circonscription, la perte du savoir-faire des fruits confits d'Apt, inscrits au patrimoine culturel immatériel de la France.
En 2024, l'esfenvalérate, une molécule employée sur les pêchers, les abricotiers, les vignes ou encore les céréales a été testée par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes pour lutter contre les mouches de la cerise. Les résultats de cette étude ont été statistiquement probants, démontrant l'efficacité de cette molécule. Une demande de dérogation a été déposée par la profession, en décembre 2024, pour une utilisation en avril 2025. Mais elle n'a, à cette date, toujours pas reçu de réponse.
Madame la ministre, le gouvernement envisage-t-il d'accorder une dérogation pour l'esfenvalérate, dès avril 2025 ? Comment voyez-vous l'avenir de cette filière cerise si les produits phytosanitaires continuent d'être interdits ?