Kévin Pfeffer J'appelle votre attention sur un dossier qui fait débat depuis plusieurs années ; pendant ce temps, plusieurs milliers d'anciens mineurs et leurs ayants droit se trouvent pénalisés. Il s'agit du versement de la prime chauffage et de l'indemnité logement prévus par le statut du mineur de 1946.
À partir de 1988, tous les mineurs de Charbonnages de France ont été fortement incités à souscrire un contrat de rachat-viager de ces prestations sous forme de capital pour les aider à accéder à la propriété. Ces contrats, dont le contenu a été précisé par une circulaire du 9 février 1988, ont fixé un système de coefficient pour déterminer le capital-rachat. Cependant – première embûche –, le Conseil d'État a jugé cette circulaire illégale dès 2009 pour cause d'incompétence de l'autorité qui l'avait émise. En outre, la loi de finances pour 2008 a permis d'abandonner la notion de viager pour celle de contrat de capitalisation, introduisant ainsi le principe de la fin du remboursement.
Dès lors, depuis plus de vingt ans, des centaines de contentieux et d'actions judiciaires demandent légitimement le rétablissement du versement des indemnités, après amortissement du capital. Il y a d'ailleurs eu des décisions de justice favorables aux ayants droit : ce fut le cas de trois arrêts de la Cour de cassation pris respectivement en 2013, en 2014 et en 2016. Mais depuis 2018, un arrêt de la cour d'appel de Nancy invoquant la prescription a mis fin aux espoirs judiciaires des anciens mineurs.
Je précise que les procédures collectives ont été retirées, que plusieurs amendements ont été déposés à l'occasion des différents projets de loi de finances pour corriger cette injustice et qu'ils ont été adoptés de façon transpartisane à l'Assemblée nationale comme au Sénat. Il existe donc une majorité parlementaire pour rectifier cette injustice, mais ces amendements ont été écartés par les 49.3 de Mme Borne puis de M. Bayrou.
L'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs a estimé à 12,7 millions d'euros le montant nécessaire à la reprise de ces versements. Cette somme était de 13,1 millions l'an dernier : elle diminue notablement chaque année en raison de l'âge moyen des bénéficiaires, qui s'établit à 82 ans.
Je souhaiterais donc que votre gouvernement puisse enfin réparer cette injustice. Il est dans les compétences du ministère de l'économie d'allouer des crédits supplémentaires à l'ANGDM pour la reprise de ces versements. Le sort de ce dossier relatif aux anciens mineurs, qui ont tant donné pour la prospérité de notre pays, est entre vos mains.