Christine Engrand Ma question s'adresse à Mme la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles. Dans une France où l'inflation grève le pouvoir d'achat des plus modestes et où le coût de la vie ne cesse d'augmenter, il est de notre devoir de nous pencher sur la situation préoccupante de nos aînés, plus particulièrement de ceux qui perçoivent le minimum vieillesse, désormais appelé allocation de solidarité aux personnes âgées, ou Aspa.
En 2025, une personne seule bénéficiant du minimum vieillesse perçoit 1 034,28 euros par mois, une somme destinée à garantir un niveau de vie décent à ceux qui n'ont jamais ou très peu cotisé. Dans le même temps, de nombreux retraités qui ont travaillé toute leur vie, parfois avec des salaires modestes, comme les aides à domicile, des ouvriers ou des employés, perçoivent des pensions dont le montant ne s'élève qu'à 750 euros par mois, après des décennies d'efforts. Il s'agit d'une injustice flagrante, qui mine la confiance dans notre système de répartition et nourrit un sentiment d'abandon.
Il convient également de noter l'existence d'un angle mort statistique : l'opacité des chiffres relatifs aux bénéficiaires étrangers du minimum vieillesse et de l'Aspa constitue une lacune majeure dans l'évaluation de notre politique sociale.
Depuis plus d'une décennie, le gouvernement ne publie plus de données précises sur l'origine des allocataires, comme s'il cherchait à cacher une réalité dérangeante sous le tapis du déni. Pourtant, les derniers chiffres disponibles, qui datent de 2009, sont sans équivoque : sur 70 860 bénéficiaires du Saspa, le service de l'allocation de solidarité aux personnes âgées, 25 205 étaient étrangers, soit plus d'un tiers. Parmi eux, seulement 3 % provenaient d'un pays de l'Union européenne, tandis que 32 % étaient des ressortissants de pays situés hors de l'Espace économique européen.
Voilà la triste réalité : l'Aspa est une aide financée par les Français, mais une part croissante de ses bénéficiaires est constituée d'étrangers extra-européens. Cette situation pose une question fondamentale de justice sociale : alors que de nombreux retraités ayant travaillé toute leur vie peinent à joindre les deux bouts, notre système continue d'attribuer cette allocation à des personnes qui n'ont parfois jamais cotisé.
Dans ma circonscription du Pas-de-Calais, de nombreux retraités m'ont fait part de leur colère, mais aussi de leur désarroi. Après une vie de labeur, certains doivent reprendre un emploi car leur pension est insuffisante pour vivre et, dans le même temps, d'autres perçoivent des allocations sans avoir cotisé. C'est le cas de Mme Leroux, 76 ans, qui continue à travailler sur les marchés de Lumbres et touche 720 euros par mois.
Dans un contexte budgétaire contraint, comment le gouvernement entend-il enfin garantir que ceux qui ont travaillé toute leur vie soient mieux rémunérés que ceux qui n'ont jamais cotisé ? Envisagez-vous de conditionner l'accès à l'Aspa à une durée minimale de cotisation en France, comme c'est le cas dans d'autres pays européens ? Avez-vous conscience que cette situation nourrit un profond sentiment d'injustice chez nos compatriotes et contribue à la défiance envers les politiques publiques ?