Thibaut Monnier Ma question concerne les conséquences délétères de la loi SRU et de l'objectif zéro artificialisation nette sur le développement des petites communes rurales.
Il y a deux mois, le maire de Châteauneuf-sur-Isère, petite commune située dans ma circonscription de la Drôme, démissionnait de ses fonctions pour dénoncer les injonctions contradictoires de votre gouvernement en matière de politique du logement, plus particulièrement de logement social.
Laissez-moi vous résumer cette situation digne de Kafka, où les acronymes d'État sont rois. À Châteauneuf-sur-Isère, la commune doit doubler son volume de logements sociaux pour respecter le quota des 25 % imposé par la loi SRU depuis qu'elle a intégré la communauté d'agglomération de Valence. Cependant, le ZAN lui interdit de réaliser une extension urbaine pour construire les logements demandés : près de la moitié du territoire communal est classée en ZAP – zone agricole protégée – et n'est pas considérée comme constructible. Enfin, et c'est le comble de l'absurde, le PLH, le programme local de l'habitat, interdit de construire plus de vingt-trois logements par an, ce qui empêche d'accélérer les programmes de construction pour se conformer à la loi SRU.
Résultat, l'État impose au maire de Châteauneuf-sur-Isère de construire plus de 250 logements sociaux supplémentaires pour transférer des populations issues des quartiers difficiles de Valence et les concentrer dans le bourg, alors que celui-ci compte déjà plus de 30 % de logements sociaux ! Autrement dit, la loi impose au maire de transformer son centre-village en véritable cité HLM, ce qui est parfaitement délirant.
Monsieur le ministre de l'aménagement du territoire, le maire de Châteauneuf-sur-Isère vous appelle à l'aide et vous demande une audience ; mais depuis un an, il n'entend que le silence de votre gouvernement. Ses courriers d'alerte n'ont même pas fait l'objet d'un accusé de réception de votre ministère. Je n'ai moi-même toujours pas reçu de réponse au courrier que je vous ai adressé à ce sujet le 11 février. La situation de la commune est tellement inextricable que même le préfet de la Drôme vous a alerté et a demandé qu'une solution pragmatique soit envisagée, sans succès.
Pour 70 % des maires, la loi SRU est un véritable enfer administratif. Je vous demande d'agir pour le maire de Châteauneuf-sur-Isère et pour les maires de France qui n'en peuvent plus d'être les variables d'ajustement de cette bureaucratie d'État. Je n'ai que deux demandes à formuler. Premièrement, venez constater sur place la réalité ubuesque que je viens de décrire et prenez le temps de recevoir le maire de Châteauneuf-sur-Isère ; je me permettrai de vous donner le dossier en main propre. Deuxièmement, faites en sorte que l'obligation des 25 % ne soit pas opposable lorsque la collectivité connaît des obstacles légitimes à son application et confiez au préfet le soin de juger de l'opportunité d'une telle application au plus près des réalités du territoire.