François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre d'État, ministre de l'intérieur. Je vous prie d'excuser l'absence du ministre d'État, Manuel Valls, qui doit arriver en Nouvelle-Calédonie dans les prochaines heures. Il m'a demandé de vous répondre. Mon expérience, à l'automne dernier, de ministre chargé des outre-mer me permettra d'apporter des éléments complémentaires.
Le constat que vous faites d'un fort différentiel de prix entre l'Hexagone et les territoires ultramarins est largement partagé. Les chiffres sont éloquents : en 2022, l'écart de prix sur l'alimentaire était de 47 % à Saint-Martin, de 42 % en Guadeloupe, de 40 % en Martinique et en Guyane, de 36 % à La Réunion et de 30 % à Mayotte. Lors de votre récent déplacement dans les Antilles, vous avez pu constater que ces moyennes recouvrent des écarts de prix parfois plus grands encore. La situation est difficilement supportable pour nos compatriotes ultramarins et nous comprenons bien qu'elle alimente un sentiment d'exaspération.
Les causes de la vie chère dans les outre-mer sont nombreuses – éloignement de l'Hexagone et étroitesse des marchés, entre autres – et ce fléau est malheureusement ancien. Le ministre des outre-mer a aussi évoqué le « rôle d'étouffement de l'économie » de certains grands groupes. En ce qui me concerne, je ne citerai aucun nom.
En Martinique, à la suite du mouvement social, un protocole d'objectifs et de moyens de lutte contre la vie chère a été signé en octobre 2024 – j'étais sur place. Il prévoit un panel de mesures d'urgence et des efforts conjugués de l'État, de la collectivité territoriale, des transporteurs et des distributeurs pour faire baisser les prix. Il ressort du point d'étape publié à la fin du mois de janvier que la mise à zéro de l'octroi de mer sur cinquante-quatre familles de produits et la réduction des marges ont fait baisser les prix d'environ 8,5 %. C'est un premier pas en direction des objectifs fixés.
Au-delà de l'urgence, le ministre des outre-mer travaille à un plan de bataille complet et structurel qui s'attaque méthodiquement à tous les facteurs expliquant la cherté de la vie : manque de transparence, opacité des marges, partage de la chaîne de valeur, situations oligopolistiques, frais d'approche, etc.
Le gouvernement prépare un projet de loi dédié, qui reprendra certaines dispositions présentes dans les deux propositions de loi récemment examinées à l'Assemblée et au Sénat. Il se nourrira également de nombreux rapports d'experts – notamment le rapport remis à l'automne dernier au président de la République par MM. Pierre Egéa et Frédéric Monlouis-Félicité – ainsi que des propositions faites par les délégations aux outre-mer des deux assemblées. Le ministre s'est engagé à ce que le projet de loi soit présenté cet été.
Enfin, lutter contre la vie chère, c'est aussi travailler au renforcement du tissu économique local, à la promotion des entreprises et des filières dans ces territoires. Des progrès notables sont possibles ; il s'agit d'engager une véritable transformation économique des territoires. Le gouvernement, tout particulièrement le ministre, y travaille.
Je ne développerai pas davantage les explications données par le ministre d'État, que je partage totalement. Il reste encore beaucoup à faire.