Vincent Ledoux Le retrait-gonflement des argiles est un phénomène naturel qui fissure les maisons. C'est une énorme catastrophe qui sévit à bas bruit. On estime à 11 millions le stock de maisons concernées ; si 30 % d'entre elles se fissurent à l'horizon 2100, l'enjeu financier sera de près de 15 milliards d'euros.
Je salue donc l'effort du gouvernement qui, dans un contexte financier tendu, consacre un budget à la prévention de ce phénomène. Mais cet effort sera-t-il suffisant pour subventionner les premiers travaux de prévention et de réparation, qui visent à traiter annuellement 4 000 maisons grâce à des mesures dites horizontales ? La Caisse centrale de réassurance estime leur coût à 40 millions d'euros.
D'ailleurs, comment le gouvernement compte-t-il utiliser ce fonds, sélectionner les bénéficiaires et promouvoir le dispositif ? Comme il l'a fait pour Breil-sur-Roya, l'État envisage-t-il d'utiliser davantage le bureau central de tarification, en adoptant une approche numérique et omnicanale plus moderne ?
Dans mon rapport sur le phénomène de retrait-gonflement des argiles, j'avais préconisé un pilotage stratégique au plus haut niveau. À défaut, il faudra une démarche à la maille des propriétaires individuels pour mieux faire connaître les moyens de la prévention. Il sera naturellement utile de s'assurer de la bonne coopération des maires, qui sont en première ligne. Pour aller plus loin encore, ne pensez-vous pas que les assureurs ont tout intérêt à créer une association de prévention des risques naturels pour les biens immobiliers, comme ils l'avaient fait pour la prévention routière ?
Enfin, et pour nous attaquer davantage aux causes des fissures qu'à leurs symptômes, il nous faut plutôt développer la recherche de solutions horizontales, visant à stabiliser le taux d'humidité sous les maisons, plutôt que de nous résigner aux mesures verticales – micropieux, résine –, plus coûteuses, plus invasives et donc peu vertueuses sur le plan écologique. Dans ce but, et pour aller plus vite, le ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche a-t-il l'intention d'engager le changement réglementaire et normatif nécessaire ?