Soumya Bourouaha Je souhaite faire part de ma vive inquiétude et de ma colère. Lors de mes permanences, je n'ai jamais reçu autant de familles et d'enfants qui dorment à la rue que cet hiver. La crise du logement dans notre pays est catastrophique. Les structures d'hébergement d'urgence n'ont plus les capacités de mettre à l'abri toutes les personnes vulnérables, y compris lorsqu'il s'agit d'enfants.
En août 2024, l'Unicef France recensait 2 043 enfants dont la famille restait sans solution d'hébergement après avoir sollicité le 115. En Seine-Saint-Denis, où je suis élue, ce chiffre s'est accru de 23 % en quatre ans. Pire, dans son dernier rapport, la Fondation pour le logement des défavorisés estime que plus de 8 000 personnes, dont 2 800 enfants, sont refoulées chaque soir au 115 faute d'hébergement. Nous ne pouvons accepter cela en France !
Alors que les expulsions ont repris avec la fin de la trêve hivernale, le 31 mars, je crains que cette situation s'aggrave. En effet, l'été approche et l'on considère que cette saison est encore plus dure que l'hiver pour les sans-abri. Pour protéger les locataires expulsés, deux villes de ma circonscription, La Courneuve et Stains, ont pris des arrêtés suspendant la mise en œuvre des expulsions le temps de trouver une solution de relogement afin d'empêcher toute mise à la rue. Je tiens à saluer l'action de ces communes et de toutes les associations qui se battent quotidiennement pour trouver des solutions pérennes, alors que nous restons dans l'attente d'une politique de l'État plus ambitieuse en matière de logement et d'hébergement.
Il y a urgence car, d'année en année, le nombre de mises à la rue augmente. En effet, la Fondation pour le logement des défavorisés a relevé que 24 000 ménages ont été expulsés en 2024. Ce chiffre dépasse le record précédent, soit 19 000 expulsions en 2023 : il a plus que doublé en dix ans.
D'après les retours de plusieurs territoires, ce chiffre record, en hausse de plus de 130 % en vingt ans, risque fort d'augmenter encore en 2025 : les bailleurs constatent une hausse des impayés en lien avec la crise économique, l'inflation et l'augmentation des prix de l'énergie.
Il faut renforcer l'hébergement d'urgence, en finir avec les suppressions de places et se donner les moyens d'en créer de nouvelles. Comme les associations, nous demandons au gouvernement de conduire une politique pluriannuelle de lutte contre le sans-abrisme et de relancer la construction de logements sociaux. Quand tant d'enfants dorment à la rue, que faites-vous pour les protéger ?