François Piquemal Quinze heures quinze : c'est l'heure à laquelle est bloquée l'horloge du camp de Buchenwald. Quinze heures quinze : c'est l'heure à laquelle, le 7 avril 1945, les détenus de ce camp, qui étaient des opposants politiques, des Juifs, des Tziganes ou des homosexuels, se sont libérés de leurs bourreaux nazis, peu avant l'arrivée des troupes américaines.
Le 7 avril dernier, j'étais moi-même à Buchenwald pour les quatre-vingts ans de la libération du camp, à l'invitation de l'Association française Buchenwald, Dora et kommandos, que je tiens ici à saluer. Cette association, comme d'autres, fait œuvre de mémoire ; c'est ô combien important alors que nous assistons à la montée de l'extrême droite dans notre pays et dans le monde.
Ainsi, à Buchenwald, l'extrême droite allemande a manifesté à plusieurs reprises pour demander à raser le lieu de mémoire. C'est la preuve que le négationnisme est toujours bien présent, quatre-vingts ans seulement après les événements en question. Quatre-vingts ans, c'est à la fois si proche et si loin à l'échelle d'une vie humaine ! Celles et ceux qui ont vécu les atrocités sont de moins en moins nombreuses et nombreux ; et pourtant, nous souhaitons que leur trace demeure, pour leurs enfants et leurs petits-enfants mais aussi pour notre société et pour celles et ceux qui viendront après nous.
Cependant, l'éloignement géographique des camps de transit et de concentration – Buchenwald, par exemple, se situe à une journée d'autocar de Paris – rend difficile de s'y rendre. Ils se trouvent en Allemagne, en Autriche ou en Pologne mais aussi sur notre territoire national, où de nombreux lieux d'internement ont été créés sous Vichy.
Ainsi, à la charge émotionnelle qui pèse sur les proches des déportés souhaitant se recueillir s'ajoute une charge financière, qui ne devrait pas être une barrière au deuil et à la mémoire. Vous le savez, il existe déjà un dispositif qui permet à un parent direct d'une personne déportée de bénéficier d'un trajet financé par l'État vers le lieu de la déportation, afin qu'il puisse s'y recueillir. Mais cette prise en charge ne s'applique qu'à un seul bénéficiaire par famille ; aussi est-il compliqué, pour une famille, de décider qui de ses membres en bénéficiera.
Par ailleurs, les petits-enfants et arrière-petits-enfants de déportés devraient aussi pouvoir se rendre sur ces lieux qui ont marqué l'histoire de leur famille et de la France, certains n'ayant jamais connu leurs grands-parents ou arrière-grands-parents. Connaître son histoire et savoir d'où l'on vient permet aussi de mieux savoir où l'on va.
J'adresse au gouvernement une double question concernant la portée du dispositif et son éventuelle extension familiale. Premièrement, est-il prévu d'étendre à tous les descendants de déportés la prise en charge des frais de transport pour un trajet aller-retour à destination des lieux de déportation ? Deuxièmement, est-il prévu que ce dispositif soit étendu aux familles de victimes des déportations organisées par l'État français après la période de Vichy, par exemple celles qui ont visé les réfugiés républicains espagnols dans les environs de Toulouse au début des années 1950 ?