Nicolas Sansu Les professionnels du secteur et leurs représentants alertent avec vigueur sur la situation financière des Ehpad et des associations de maintien à domicile. Malgré toutes les belles annonces, la prise en charge de la dépendance est non seulement insuffisante, mais parfois même indécente au regard de la dignité que l'on doit à nos anciens. Elle s'est dégradée ces dernières années et la loi « bien vieillir », dont seuls dix décrets sur trente-sept ont été publiés, s'apparente à une succession de vœux pieux sans réelles modalités de financement. Il est urgent de passer des promesses au programme, car des structures entières sont en péril.
Dans le Cher, plus de 80 % des Ehpad sont en déficit ; celui-ci gonfle chaque année par le biais des reports. C'est le cas des établissements Constance-de-Durbois à Graçay et Ambroise-Croizat à Vierzon, comme des Résidences de Bellevue à Bourges, autant d'institutions publiques ou associatives à but non lucratif qui ne peuvent plus être à l'équilibre. Dans le même temps, les services d'aide et d'accompagnement à domicile sont à la peine. Dans le Cher, le placement en redressement judiciaire de deux d'entre eux, Facilavie et Atout'âge, a diminué les capacités départementales de prise en charge à domicile.
Les causes de ces difficultés ne peuvent être imputées aux Ehpad ou aux Saad et sont connues : flambée des coûts de l'énergie, des denrées alimentaires et des produits d'hygiène, recours à l'intérim pour pallier les difficultés de recrutement et, surtout, faiblesse des financements par la solidarité nationale. Nous sommes au bord de l'implosion de nombre de ces structures, d'autant que le report de l'âge du départ à la retraite vient déstabiliser encore plus les établissements et leurs salariés qui, bien que passionnés, sont souvent épuisés par leur travail exigeant aux environs de 60 ans.
Le gouvernement ne pourra pas passer longtemps entre les gouttes. Les départements vieillissants et pauvres en ressources, comme le Cher, ne pourront pallier les insuffisances de l'État. Plus de deux tiers des résidents ou bénéficiaires ont des ressources mensuelles inférieures au coût du service. Il est temps de repenser globalement le financement du grand âge en intégrant des dispositions d'attractivité pour les personnels et des mesures de respect de la dignité des personnes âgées.
J'ai donc quatre questions précises. Allez-vous prévoir dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 un fonds de soutien digne de ce nom qui permette la remise à flot des Ehpad et des Saad en péril, en commençant par ceux des secteurs public ou non lucratif ? Ensuite, quel financement pérenne prévoyez-vous ? Un prélèvement à hauteur de 2 % du patrimoine des milliardaires – la fameuse taxe Zucman – permettrait de dégager 13 à 14 milliards d'euros en faveur des politiques sociales. Par ailleurs, via la Caisse des dépôts, la puissance publique a injecté plus de 500 millions d'euros pour sauver Orpéa, un opérateur privé à but lucratif qui s'était comporté de façon indigne. N'est-il pas temps de mobiliser la Caisse des dépôts en faveur du secteur public ? Enfin, allez-vous appliquer l'avenant no 66 de la convention collective de la branche de l'aide, de l'accompagnement, des soins et des services à domicile afin d'améliorer la rémunération des salariés et de rendre plus attractifs les métiers d'un secteur aussi stratégique ?
Il y a urgence. C'est aux soins qu'elle prodigue à ses enfants et à ses anciens que l'on mesure l'humanité d'une société. Monsieur le ministre, ne trahissez pas les valeurs de solidarité et d'humanisme de notre pays !