Sarah Legrain Je suis élue dans le 19e arrondissement de Paris, le plus populaire de la capitale. Il est à cette heure doté d'un seul centre des finances publiques, celui de la place de l'Argonne. Ses agentes et agents sont actuellement mobilisés en intersyndicale pour refuser la fermeture annoncée de ce centre, sacrifié comme tant d'autres sur l'autel du bien mal nommé « nouveau réseau de proximité » des finances publiques.
Cette réforme n'a de proximité que son intitulé puisque, depuis son lancement, tout ce que l'on constate, ce sont des fermetures. Sur les vingt-cinq centres existants dans tout Paris en 2021, il ne devrait en rester que douze en 2028, soit même pas un par arrondissement. Le 19e arrondissement compte plus de 180 000 habitants, soit plus que Reims, Le Havre ou Dijon ; imagineriez-vous priver ces villes de centres des finances publiques ?
Quelle est la justification de ces fermetures ? Il fallait « désintoxiquer les usagers de l'accueil », selon les mots d'un ancien directeur régional des finances publiques. Depuis 2010, les effectifs parisiens de la DGFIP – direction générale des finances publiques – ont été réduits de près de 40 %. Les postes supprimés sont principalement ceux de fonctionnaires des catégories C et B, c'est-à-dire celles et ceux qui sont en contact direct avec le public.
Or ce public du nord-est parisien est précisément celui qui a le plus besoin de services publics. En effet, le centre de l'Argonne n'est pas fréquenté par les gens qui paient des fiscalistes ou des comptables pour s'occuper de leurs affaires ! Il l'est par une population fragile, par des personnes qui ont besoin d'un accompagnement personnel parce que le système fiscal leur est étranger ou complexe, parce que les documents ne sont pas rédigés dans leur langue natale, parce qu'elles ne maîtrisent pas bien l'informatique et subissent cette fameuse « fracture numérique » dont parle la Défenseure des droits, ou parce que leurs questions et leur situation ne rentrent pas dans les cases toutes faites d'un formulaire en ligne.
C'est cette population que vous voulez priver d'un accueil de proximité pourtant essentiel. Cette fermeture est l'aboutissement d'une politique de réduction des horaires d'ouverture et de dématérialisation, qui mène à une maltraitance double : non seulement l'accueil correct du public est rendu impossible, mais s'ensuit aussi une perte de sens pour les agents engagés au quotidien, au service de la population et du recouvrement de l'impôt, indispensable au bon fonctionnement des politiques publiques.
Plus largement, la fermeture du centre de l'Argonne met en lumière un démantèlement des services publics qui va à rebours des besoins et des aspirations de la population, à rebours de ce qui avait été décidé ici même, dans l'hémicycle, en novembre 2023, avec l'adoption de la proposition de loi de ma collègue Danièle Obono, tendant à la réouverture des accueils physiques dans les services publics.
Le 13 mai dernier, j'ai adressé un courrier cosigné par tous les députés Insoumis de Paris au ministre de l'économie et des finances, mais il est resté sans réponse à ce jour. Je vous le demande donc solennellement : comptez-vous mettre un terme à la dégradation de l'accueil du public et des conditions de travail des agents en renonçant aux fermetures annoncées, afin de garantir un accès effectif aux services publics aux habitants du 19e arrondissement et du nord-est de Paris ?