Katiana Levavasseur Ma question s'adresse au garde des sceaux. La justice des enfants, pourtant au cœur de nos engagements républicains, est grandement fragilisée. Le cas du tribunal pour enfants d'Évreux, dans l'Eure, en est un exemple particulièrement préoccupant.
En raison d'une hausse alarmante du nombre de dossiers d'assistance éducative – passé de 1 746 en 2023 à 2 064 en 2024 –, les magistrats ont dû appliquer des mesures dites de gestion dégradée. Concrètement, cela signifie des audiences supprimées, des décisions rendues sans entendre les familles et un net recul du contradictoire.
Les associations de protection de l'enfance du territoire tirent aussi la sonnette d'alarme. Elles alertent notamment sur les limites d'une justice rendue sur dossier, sans débat, ainsi que sur la charge émotionnelle injustement transférée vers les équipes éducatives, déjà fortement sollicitées et désormais contraintes d'annoncer seules des décisions judiciaires prises sans audience. Cette absence d'audience prive par ailleurs les familles d'un moment essentiel de reconnaissance institutionnelle, affaiblit la portée symbolique des décisions et expose davantage les enfants à un risque de rupture dans leur parcours de protection.
Le cas du tribunal pour enfants d'Évreux n'est pas isolé. Cette situation locale est le symptôme d'un malaise plus large. À l'échelle nationale, les chiffres sont tout aussi accablants : 522 juges pour enfants doivent suivre plus de 260 000 enfants en danger. Nombre d'entre eux gèrent plus de 450 situations, certains jusqu'à 800. Pire : près de 80 % de ces juges ont déjà renoncé à placer un enfant en danger, faute de solution d'accueil disponible. Comment accepter qu'en France, en 2025, la justice des enfants soit contrainte de renoncer à ce point à son action, à sa mission de protection des mineurs vulnérables ?
Si les magistrats sont indépendants, l'organisation de la justice relève, elle, pleinement de la responsabilité de l'État. Ce sont bien les choix budgétaires et politiques du gouvernement qui déterminent le niveau de justice qu'un enfant en danger peut espérer recevoir. Je demande donc à M. le ministre quelles mesures il compte engager pour rétablir des conditions de fonctionnement dignes au tribunal pour enfants d'Évreux, et quels moyens humains et budgétaires il entend mobiliser afin de garantir à chaque enfant vulnérable le droit d'être réellement entendu.