Christophe Barthès Ma question s'adresse au ministre de la justice. Le 23 avril dernier, trois agents pénitentiaires de la maison d'arrêt de Carcassonne ont été victimes d'intimidation lors d'un transfert de détenu. Cette honteuse agression aurait pu être bien plus grave car les agents ne sont pas formés à de tels transferts et ne possèdent pas le matériel nécessaire pour se défendre.
Cette situation résume les difficultés rencontrées par nos agents, notamment à Carcassonne, prison dans laquelle je me suis rendu à trois reprises. J'ai interrogé plusieurs fois le prédécesseur du ministre à ce sujet mais la situation ne change pas. Cette maison d'arrêt prévoyait à l'origine d'accueillir une soixantaine de détenus, mais il s'y trouvait fin mai plus de 150 détenus, ce qui représente une surpopulation carcérale avoisinant les 250 %.
Ce n'est pas tenable. Certes, les détenus doivent exécuter durement leur peine mais, parce qu'ils sont entassés dans leurs cellules, certains pètent les plombs et attaquent les agents pénitentiaires, qui sont à bout. Ces derniers exercent leur métier dans des conditions difficiles, comme l'ont démontré les récentes agressions à leur encontre, et ils ne sont pas assez nombreux pour faire face à la surpopulation carcérale que nous connaissons.
Celle-ci touche de plein fouet la maison d'arrêt de la préfecture audoise, avec des cellules triplées et de nombreux matelas au sol, des matelas dont le nombre dépasse le millier, rien que pour la direction interrégionale des services pénitentiaires de Toulouse.
Face à cela, il est nécessaire de mener une véritable politique de désengorgement de nos prisons, en autorisant la délocalisation de détenus dans d'autres régions où des places sont disponibles, ce qui n'est pas possible actuellement, selon le personnel.
La profession a du mal à recruter et cette situation va s'aggraver dans les mois à venir, car de nombreux agents vont partir à la retraite après l'été 2025 et en 2026. On ne pourra recruter d'agents sans leur accorder la reconnaissance qu'ils méritent, donc sans rendre la profession plus attractive. C'est une nécessité.
Les contrôles menés lors des concours doivent également être accrus car, comme me l'ont expliqué les syndicats, des taupes infiltrent l'administration pour renseigner les trafiquants, et ce phénomène est de plus en plus courant.
J'ai aussi été informé que les agents vont bientôt devoir effectuer une prestation de serment mais cette dernière est bien loin de leurs revendications, qui ont trait à l'amélioration de leur quotidien au travail. Cette assermentation n'est, de leur point de vue, qu'un moyen supplémentaire de renforcer les sanctions disciplinaires à leur égard.
Au-delà de toutes ces difficultés, la maison d'arrêt de Carcassonne est vétuste, comme beaucoup d'autres établissements. Construite en 1899, elle accueille des détenus depuis 1906. C'est l'une des dernières maisons d'arrêt de France situées en centre-ville. Des travaux doivent être engagés pour rénover la totalité des chemins de ronde, refaire la porte d'entrée, les filets antiprojection, et réaliser de nombreux autres travaux, mais les financements manquent.
Comment le ministre compte-t-il améliorer les conditions de travail des agents pénitentiaires de la maison d'arrêt de Carcassonne, rendre la profession plus attractive et recruter davantage ? Attribuera-t-il des fonds supplémentaires à la rénovation de cette maison d'arrêt ?