Christophe Blanchet Depuis 2012, la vente en ligne de médicaments sans ordonnance est autorisée en France pour les officines, mais elle reste encadrée par un dispositif restrictif, la localisation du local de stockage devant notamment se situer dans le même quartier que l'officine.
Or cette notion de quartier est définie, dans le code de la santé publique, par des éléments hétérogènes : unité géographique, population résidente, limites communales et naturelles et infrastructures. Ainsi, chaque quartier est défini par les directeurs des agences régionales de santé, en fonction de ces éléments d'appréciation, interprétés de façon variable d'un territoire à l'autre.
Une rupture manifeste d'égalité devant la réglementation en résulte. Deux pharmacies séparées de quelques centaines de mètres peuvent être soumises à des règles différentes selon la commune à laquelle elles sont rattachées ou les contraintes et configurations locales auxquelles elles font face.
Cette situation injuste crée un désavantage concurrentiel pour les pharmacies françaises face à des plateformes belges ou néerlandaises, qui opèrent selon des règles plus souples. Certains de ces acteurs n'hésitent pas à tourner en dérision notre droit national, comme ce fut le cas durant la période du covid avec la distribution d'autotests.
Cette distorsion de la concurrence s'accompagne d'un paradoxe. La France est l'un des pays d'Europe les plus restrictifs en matière de vente en ligne de médicaments sans ordonnance, et pourtant le marché français est massivement capté par des parapharmacies ou des opérateurs étrangers, souvent détachés des exigences imposées aux pharmaciens d'officine français.
Cette réglementation, dénoncée à plusieurs reprises par l'Autorité de la concurrence, concerne tous les pharmaciens français, qu'ils s'engagent dans la vente en ligne ou d'autres activités que leur permet la réglementation et qui nécessitent des espaces supplémentaires.
Elle freine l'innovation et empêche l'émergence de pharmaciens champions français du médicament en ligne, alors que les besoins en santé numérique augmentent, que les officines se réorganisent, et que la démographie des pharmaciens décline – moins de 20 000 en France, aujourd'hui.
Monsieur le ministre, envisagez-vous de réviser rapidement les règles relatives à la vente en ligne de médicaments, en substituant à la notion rigide de quartier un critère de proximité plus objectif – comme un rayon kilométrique contrôlé – afin d'assurer un contrôle effectif par le pharmacien titulaire et ses adjoints, tout en mettant fin à une rupture d'égalité juridiquement contestable et économiquement préjudiciable ?