Clémentine Autain Je vous alerte une nouvelle fois sur la situation de l'hôpital public, et en particulier celle de Robert-Ballanger, grand hôpital de secteur dans le désert médical qui est le nôtre en Seine-Saint-Denis, où l'on continue à foncer droit dans le mur.
La tarification à l'acte et les regroupements d'hôpitaux imposés par la loi ont été l'occasion de sabrer dans les dépenses, alors que les besoins augmentent.
Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Que dire de la chaîne des décisions inspirées du privé ? Le niveau de sous-traitance est à l'image de votre entêtement, et les résultats, sidérants.
Prenons le laboratoire d'anatomopathologie, qui examine les organes, les tissus, les cellules : le service a été externalisé. Avant, il fallait trois semaines pour obtenir les résultats ; désormais, c'est plutôt trois mois. Pourtant, on parle de cancer, monsieur le ministre !
Le service rendu est si mauvais – et même contraire aux termes du marché – que l'hôpital est contraint de sous-traiter ce service à d'autres hôpitaux.
Prenons la radiologie : l'imagerie médicale a été privatisée en 2021. Une grosse entreprise, rachetée depuis par un groupe américain, a obtenu le marché. Mais elle ne prend en charge que ce qui rapporte – scanner, imagerie par résonance magnétique, mammographie. La radiologie conventionnelle ne l'intéresse pas. Comme à la SNCF ou ailleurs, le privé récupère les parts juteuses et ce qui n'est pas rentable va au public !
Prenons encore la diabétologie. Alors que la population de Seine-Saint-Denis est particulièrement victime de cette maladie, qui touche plus certains milieux sociaux que d'autres, le choix de gestion a conduit à la fermeture de ce service – il ne rapporte pas assez.
Prenons enfin le ménage, que la direction de l'hôpital a décidé d'externaliser, comme si recourir au privé était décidément préférable au maintien du personnel. La méthode se banalise, même si les personnes employées – en majorité des femmes – sont davantage exploitées et que le travail est moins bien fait.
Jusqu'où irez-vous dans la marchandisation du soin ? Quels moyens concrets prévoyez-vous pour résorber le mal-être profond et le chaos au sein l'hôpital public, mais aussi les inégalités entre les territoires, dont mon département, la Seine-Saint-Denis, fait tout particulièrement les frais ?