Yannick Neuder, ministre chargé de la santé et de l'accès aux soins . Je vous remercie de soulever le sujet important de l'accueil familial au bénéfice des enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance.
La protection de l'enfance souffre de plusieurs difficultés ; les perspectives démographiques pesant sur le métier d'assistant familial ne sont pas les moindres.
Près de 40 000 assistants familiaux accueillent chaque jour plus de 70 000 enfants. Cette profession essentielle souffre pourtant de perspectives démographiques défavorables : la moitié des professionnels seront partis à la retraite dans moins de dix ans. Le gouvernement a engagé de nombreux travaux pour résoudre la crise que traverse le secteur, afin que la loi relative à la protection des enfants du 7 février 2022 puisse être pleinement appliquée, tant dans sa lettre que dans son esprit. Il s'agit, en particulier, d'offrir à chaque enfant un parcours et une prise en charge qui soient les plus individualisés possibles, au sein d'une famille.
Dans cette perspective, l'accueil en famille est un objectif privilégié. Il peut se faire chez un tiers de confiance, dans le cadre d'un accueil durable et bénévole, tout comme, bien entendu, chez les assistants familiaux. La loi de 2022 a mis en valeur cette dernière modalité d'accueil, en sécurisant le statut et la rémunération des assistants familiaux, ainsi qu'en définissant des modalités de répit.
Il nous faut cependant aller plus loin, afin d'enrayer la crise d'attractivité que connaît cette profession à l'instar d'autres professions du soin. L'ouverture du métier à de nouveaux profils, au moyen notamment du cumul d'emploi figurant dans la proposition de loi du sénateur Xavier Iacovelli à laquelle vous avez fait référence, est une piste prometteuse que le gouvernement soutient.
Cette disposition tend en effet à corriger une inégalité entre les agents du secteur public et les salariés du secteur privé : un agent public ne peut pas exercer la profession d'assistant familial en même temps qu'une autre activité, au contraire des actifs du privé. Qu'on songe par exemple aux agriculteurs qui, dans certains départements, se sont emparés de cette possibilité.
Cette proposition permettrait donc d'élargir le vivier des assistants familiaux, d'attirer de nouveaux profils d'accueillants et de créer des vocations nouvelles, tout en améliorant les conditions de répit de ceux qui sont déjà en activité. Nous ne pouvons qu'y être favorables.
Une telle ouverture devra bien sûr s'accompagner d'une exigence sur la formation et les compétences, tout comme sur l'honorabilité des nouveaux entrants. Elle peut et doit s'inscrire dans une stratégie plus globale de revalorisation de la profession d'assistant familial, stratégie que nous construisons avec tous les acteurs.
L'accueil familial, en ce qu'il contribue à une désinstitutionnalisation de la protection de l'enfance, est une priorité du gouvernement : il est au cœur des travaux conduits actuellement dans le cadre d'une refondation de la protection de l'enfance. La question des conditions de prise en charge de l'enfant y est centrale. Le gouvernement entend amorcer un virage vers une prévention renforcée, vers un meilleur accompagnement des parents en amont et, lorsque le placement s'avère nécessaire, vers une recherche des solutions les plus familialisées possibles.
Nous travaillons donc à accroître l'attractivité de cette profession et sa capacité à fidéliser celles et ceux qui s'y engagent. Dans cette perspective, nous recueillons les avis et les propositions des fédérations d'assistants familiaux des départements ainsi que des associations, afin d'identifier des leviers d'action.
Il s'agit d'abord d'améliorer l'entrée dans le métier au moyen, par exemple, de campagnes volontaristes de recrutement auprès de personnels médicaux en seconde partie de carrière.
Il convient en deuxième lieu de diversifier les modalités d'exercice en développant, par exemple, l'accueil en relais par d'autres assistants familiaux dans le cadre d'un cumul avec un autre emploi.
En troisième lieu, il faut renforcer l'accompagnement professionnel des assistants familiaux et rompre leur isolement.
En quatrième lieu, nous devons revaloriser et harmoniser les aides et les indemnités.
Un travail de réingénierie du diplôme d'État d'assistant familial a également été entrepris avec le secteur afin de renforcer la professionnalisation, de mieux reconnaître la compétence des assistants familiaux et de rendre plus attractifs le travail et la formation. Ce travail pourrait notamment aboutir à une revalorisation du diplôme.
Pour soutenir ces initiatives, la prochaine contractualisation avec les départements en matière de prévention et de protection de l'enfance sera consacrée en priorité à toutes les formes de placement à dimension familiale, en premier lieu chez les assistants familiaux.
Protéger chaque enfant est la priorité du gouvernement. Nous conduirons pour cela à son terme la refondation de la protection de l'enfance et nous veillerons à la bonne inscription dans le calendrier de la proposition de loi précitée.