Gabrielle Cathala Le bruit et le silence constituent des sujets éminemment politiques. Dans ma circonscription du Val-d'Oise, les communes concernées par le plan de gêne sonore ou par le plan d'exposition au bruit de l'aéroport de Roissy sont gravement touchées par ces nuisances : une étude de l'association Advocnar montre que le bruit y dépasse largement les seuils préconisés par l'Organisation mondiale de la santé pour garantir un sommeil réparateur. Je citerai Andilly, Deuil-la-Barre, Enghien-les-Bains, Margency, Montmagny, Saint-Gratien, Sannois et particulièrement Soisy-sous-Montmorency, survolée par des avions jusqu'à 450 fois par jour : un vol toutes les cinq minutes, même en pleine nuit.
Voudriez-vous que les intéressés se résignent à voir leur vie gâchée par des vibrations si intenses qu'un triple vitrage ne les arrête pas ? Chaque année, le bruit tue prématurément 2 400 personnes et coûte à notre société, selon l'Agence de la transition écologique, plus de 150 milliards d'euros ; 25 millions de Français sont exposés à des niveaux sonores nocifs, 87 % considèrent le silence comme un privilège désormais réservé à une minorité ; dans les quartiers pauvres, où il constitue la première pollution, 50 % des habitants se plaignent du bruit, contre 25 % dans les quartiers résidentiels non prioritaires.
Pourtant, ce poison peut être efficacement traité par des mesures simples. Notre proposition de loi visant à la mise en œuvre de la bifurcation écologique du transport aérien, déposée le 19 novembre, prévoit ainsi un couvre-feu national, c'est-à-dire l'interdiction des vols entre vingt-trois heures et six heures, accompagné de plans de maintien dans l'emploi des salariés du fret aérien, dont l'activité est nocturne. Lors des débats budgétaires, nous avions obtenu la création d'un organe chargé de faire respecter les réglementations ayant trait aux nuisances sonores aériennes : vous avez, avec l'aide du RN, rejeté cette mesure. Nous proposons un plan national en vue d'indemniser les victimes de ces nuisances. Nous agissons contre le bruit. Pourquoi ne pas soutenir ces mesures de santé consensuelles ?
À la pollution sonore s'ajoute la pollution de l'air : celui de l'aéroport de Roissy est aussi saturé de particules fines que l'atmosphère du périphérique parisien ! En France, 9 % de la mortalité est directement liée à ces particules, qui suscitent des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les Français doivent-ils accepter de respirer un air de moins en moins respirable ?
Monsieur le ministre, nos concitoyens ont droit au silence, à un environnement sain. Agirez-vous de manière à faire cesser ces nuisances aériennes aux lourdes conséquences sanitaires, ou votre gouvernement sera-t-il le prochain à être condamné par le Conseil d'État pour inaction climatique et en raison de la pollution de l'air, comme cela s'est déjà produit cinq fois depuis 2020 ?